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La Vie du Blog

Ajout d'une nouvelle rubrique, consacrée aux bonnes adresses du Web.

Je prépare également des articles pour que le blog reste actif pendant mes quinze jours de vacances...

BONNE VISITE !

Jeudi 18 août 2005 4 18 /08 /Août /2005 00:00

Récapitulatif des faits marquants du jour. Aujourd'hui, j'ai...

- réussi à mettre dans mes valises à peu près tout ce que je voulais (merci Crevette de m'avoir fait pensé à ajouter de la Biafine dans la dite valise ! ^^ J'avais complètement zappé ce détail ! Et comme j'ai tendance à finir carbonisée sans passer par la case "bronzage", c'était une excellente idée ! ^__^ )

- acheté un nouveau biberon pour l'eau de mon Cidounet (mon octodon, quoi...), lequel Cidounet sera conduit demain chez un collègue qui a gentiment accepté de me le garder pour mes quinze jours de vacances...

- acheté une nouvelle ligne pour aller pêcher les p'tits poissons (et accessoirement se payer la tête des pauvres apprentis-surfers qui auront le malheur de pratiquer leur apprentissage à proximité... ^^ Pas bien de se moquer quand on n'est même pas fichu de savoir nager, je sais...mais bon, faut bien rigoler un peu, quoi...)

- imprimé tous les épisodes de mes WebSéries que je veux retravailler durant mes phases d'inactivité. Autant le dire tout de suite, je crois que je suis partiellement responsable du meurtre de la Forêt Amazonienne...parce que mine de rien, ça en fait, du papier, tout ça... (rien que 138 pages pour la saison 1 de BoM...)

- rechargé mon téléphone, ma GBA et mon lecteur MP3 (par contre, toujours pas eu le courage d'y balancer mes 120 chansons... faudrait peut-être y songer, parce qu'un lecteur MP3 vide, c'est comme qui dirait vaguement inutile)

- découvert que j'étais tordue... Avec 31°C, j'avais envie d'aller me promener gaiement du côté du parc du Château de Chambord. Papa n'a pas été d'accord... *lol* Pour ma décharge, je dois préciser que j'ai du mal avec la chaleur. J'ai plus souvent froid que chaud, en ce moment. Avant, j'étais très mal dès qu'il faisait chaud, maintenant c'est à peine si je remarque la montée du mercure... Les origines italiennes qui remontent, je suppose... A moins qu'il ne faille chercher l'explication du côté tunisien... * se rappelle qu'il faudra un jour s'amuser à faire le détail de toutes les origines de la famille ^^ *

- expulsé une araignée pleine de pattes qui avait décidé de transformer un pauvre pantalon tout neuf en HLM spécial arachnides. Non mais, faut plus s'gêner !!! Sous prétexte que ça a huit pattes, ça se croit tout permis !

Par Miranda - Publié dans : histoires ordinaires...
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Jeudi 18 août 2005 4 18 /08 /Août /2005 00:00

Ok, elles sont quand même légèrement plus petites que le spécimen de l'affiche, mais quand même... Alertée par le cri strident (j'ai failli en devenir sourde) de ma mère, je me suis (encore) retrouvée nez à nez pattes avec un autre exemplaire d'octopattes, encore plus gros que celui de la dernière fois. Nom d'une araignée, elle faisait bien ses six centimètres (pattes pliées, parce qu'avec les papattes dépliées, brrr) !! C'est la version éléphantesque de l'octopatte, ou quoi ??

La bestiole ayant eu la fâcheuse idée de se glisser dans un pantalon, lui-même posé sur la table à repasser, ma mère était comme tétanisée devant le spectacle et n'osait pas empoigner le vêtement pour en faire choir le monstre velu. Devinez qui a pris l'initiative de récupérer le pantalon pour localiser l'araignée et lui flanquer un grand jet d'insecticide sur la tronche avant de la balancer délicatement sur la tête d'un passant par la fenêtre ? Eh oui, c'est encore moi... Je crois que ma réputation de Tueuse des Araignées va égaler celle de Buffy à Sunnydale (va falloir que je change mes références, un de ces jours, moi...).

Par Miranda - Publié dans : histoires ordinaires...
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Mercredi 17 août 2005 3 17 /08 /Août /2005 00:00

C'était inévitable : je cours !

Comme toujours. Je semble incapable de m'organiser. Enfin, pour être plus exacte, disons plutôt que je semble incapable de m'organiser dans les temps. Parce que je sais parfaitement ce qu'il me reste à faire, mais de là à le faire rapidement, c'est une toute autre chanson (d'ailleurs, je chante très mal... comment ça, ça n'a rien à voir ? ^^)...

Bref. Je me retrouve avec des tas de trucs à faire, des tas de choses à enfouir dans ma valise, et...je manque quelque peu de courage. L'étape "vêtements" est terminée, mais il faut dire que chez moi, c'est la plus facile. La tenue de vacances se résumant à des shorts et des débardeurs...ça va relativement vite à préparer. Suffit juste de prendre la pile qui est dans l'armoire et de l'entasser in the valise. Le résultat est parfois un peu chiffonné, mais bon... ;-p

Après les vêtements, viennent les chaussures. Etape délicate, cette année il a fallu que j'en rachète. Je gardais un souvenir un peu trop "cuisant" des chaussures de l'année dernière, qui m'ont trucidé les pieds et m'ont forcée à arborer des pansements durant les sept jours de vacances. Du coup, j'ai fait fort : après en avoir racheté une paire il n'y a pas longtemps (en fait, la paire a été achetée par Maman... ^__^ ) je me suis résolue à accomplir ce qui, pour moi, est un véritable exploit : hier, je suis allée de moi-même dans un magasin de chaussures !!!!! Pour l'allergique au shopping que je suis, c'est véritablement miraculeux ! *lol* Non, en fait, je ne pense pas que je sois aussi "anti-shopping" que je le dis... Seulement, je manque affreusement de goûts. Et j'ai énormément de mal à choisir. Alors ça rend le shopping périlleux... Hier, pourtant, aucun problème. J'ai vite repéré les chaussures qui me plaisaient (des chaussures fermées, un peu façon "tennis", mais sans lacets, de couleur beige, en cuir très souple) et hop. 33 euros engloutis pour l'occasion.

Cette sortie a au moins eu un mérite : j'ai eu l'occasion de réaliser que mon agoraphobie s'était quelque peu calmée. Elle semble même avoir disparu. A part un léger vertige à l'entrée du magasin, il n'y a eu aucun signe "désagréable". Espérons que ça dure !!!!!!

Avant la chasse aux chaussures, j'étais repassée chercher mes lunettes de soleil chez l'opticien. Et je répète ce que je disais après les avoir choisies, elles sont très chouettes (je mettrai probablement des photos en ligne dès mon retour, pour satisfaire les curieux). Ca fait bizarre de remettre de vraies lunettes de soleil (celles que j'avais avant n'en étaient pas vraiment, les verres étaient des verres solaires, mais montés sur une monture classique). C'est beaucoup plus léger, on ne les sent pas sur le nez, et en plus on ne voit même pas que ce sont des lunettes de vue (contrairement à mes lunettes "normales"). Le plastique cache l'épaisseur du verre. Ce qui est appréciable, parce que le verre est justement très épais, pour convenir à la taupe-modèle que je suis (-5,75 à l'oeil droit, -5,50 à l'oeil gauche, avec un astigmatisme en supplément). En plus, j'ai eu un beau boîtier de la marque de mes lunettes (Rochas) pour les ranger dedans !

N'empêche, il me reste encore des choses à faire avant de pouvoir boucler ma "mallette" de voyage. J'ai déjà réussi à localiser le chargeur de mon téléphone portable, celui de ma GBA et celui de mon MP3 (j'ai mis des étiquettes dessus pour savoir qui est quoi, parce que sinon je m'y perdais complètement...). Pas mal. Maintenant, il me reste à remettre de la musique sur mon MP3 (c'est-à-dire virer les pistes existantes, en vrac, et en remettre d'autres sans oublier cette fois d'y inclure le titre du morceau et le nom de l'interprète !!), retrouver mes cartouches de jeu pour la GBA (histoire d'occuper quelques soirées sans télé, ou bien de patienter pendant que les parents font la sieste)...et trouver une place pour remiser les bouquins que je veux emporter :

 

La Proie, de Michael Crichton

Personnes disparues, de Patricia MacDonald

Le Protocole Sigma, de Robert Ludlum

Les Chroniques de San Francisco, d'Armistead Maupin

Meurtre.com, de Jeffery Deaver

Le Dragon Flottant, de Peter Straub

Les Croassements de la Nuit, de Douglas Preston et Lincoln Child

Les Loups de Fenryder, d'Alec Covin

...et peut-être La Noyée de l'Hudson, de Linda Fairstein, si je ne l'ai pas terminé d'ici là.

 

Je sais, ça fait beaucoup de livres pour deux petites semaines, mais le pire est...que j'ai peur d'en manquer ! J'ai tendance à lire vite, et en vacances j'ai toujours plus de temps pour ça (le matin en attendant mon tour dans la salle de bain, le midi pendant la sieste parentale, le soir quand tout le monde va dormir sauf moi, et parfois dans la journée, quand mes parents vont faire le tour des brocantes ou ramasser les huîtres -je n'aime pas le ramassage des huîtres, qui oblige à crapahuter sur les rochers bien glissants et à s'entailler les doigts pour récupérer le butin...et puis je n'aime pas manger les huîtres, alors ça n'incite pas-...). Mais bon, si je venais à manquer de lecture, je pourrai toujours organiser une descente en règle dans une librairie du coin !

 

Après les livres, il faut aussi que j'emporte mon matériel pour écrire. Or, j'espère profiter de cette pause pour travailler sérieusement à la suite de ma WebSérie, Born of Mystery, qui traîne un peu trop ces derniers temps. Je voudrais réfléchir à mon final (la saison 2 se devant d'être la dernière) ainsi qu'à "l'après" BoM. Je veux donc aussi emporter mon projet actuel, tout frais tout neuf, qui devrait succèder à BoM sitôt le final mis en ligne (dans un siècle ou deux, quoi...). Et aussi mon autre WS, Weakness, celle que je devais mettre en ligne avant de rencontrer tous ces fichus problèmes techniques avec mon pauvre site hybride. Pour celle-là aussi, j'aimerais bien avancer dans l'écriture. J'ai déjà quatre épisodes d'avance, mais comme j'ai déjà défini toute la première saison, soit 24 épisodes, ce serait bien d'avancer un peu, surtout que les épisodes sont courts (12 pages en moyenne)...

 

Avec ça, je vais aussi mettre dans ma valise des magazines de jeux de lettre, et puis un magazine en anglais avec son CD audio. Ainsi que quelques lettres de mes correspondantes, mon carnet d'adresse spécial "cartes postales", mes timbres, quelques planches de "stickers" pour agrémenter le tout... Bref, ça risque d'être bien rempli ! ;-o

 
Par Miranda - Publié dans : histoires ordinaires...
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Lundi 15 août 2005 1 15 /08 /Août /2005 00:00

Dans mes premiers posts, lorsque ce blog n'était encore qu'un bébé-blog, je vous avais promis des explications sur l'univers (impitoyable) des WebSéries. Mais les choses étant ce qu'elles sont, et étant moi-même celle que je suis (euh... pas sûre d'être très limpide, moi, là, tout à coup...) les explications se sont perdues en route. Il était donc temps de rectifier le tir...

ALORS...

LES WEBSERIES, C'EST QUOI ?

 

"Avant d'aller plus loin, quelques explications s'imposent : premièrement, vous vous demandez peut-être "mais qu'est-ce que c'est donc qu'une websérie ???". Question légitime, à laquelle je vais m'empresser de fournir une réponse : une websérie, c'est une série uniquement diffusée en ligne, par Internet, et qui se présente comme une vraie série télévisée. En résumé, c'est un moyen sympa de faire travailler son imagination en créant son propre univers, ses propres personnages et sa propre intrigue ! Avis à tous ceux qui, comme moi, ont une imagination débordante : lancez-vous ! N'hésitez pas, foncez, vous ne le regretterez pas !!!"

Page d'accueil - BoM - © Odd Production

C'est ainsi que je répondais à la question sur mon tout premier site...mais il y aurait davantage à en dire.

Si on y réfléchit bien, la WebSérie semble être la suite "logique" de la fanfiction (bien que pour ma part, ce ne soit pas totalement vrai... j'ai attaqué les fanfics APRES avoir découvert les WebSéries, mais il faut dire que je fais toujours tout à l'envers...).

Au lieu de reprendre un monde déjà bien établi (en l'occurence, celui d'une série télévisée), l'auteur d'une WebSérie a la possibilité de créer entièrement son propre univers, de définir ses personnages, et de les faire évoluer dans le contexte qu'il a lui-même choisi.

Une WebSérie, ce n'est ni une nouvelle, ni un roman... C'est véritablement une "série", mais qui est uniquement diffusée par écrit, sur le Web. Tout comme une véritable série télévisée, la WebSérie (WS pour les intimes) suit une structure établie : dans la grande majorité des cas, elle a un cast, afin de permettre aux lecteurs de donner un visage précis aux personnages. Elle se découpe en saisons, elles-mêmes découpées en épisodes. Et ces épisodes eux-mêmes contiennent un "fil conducteur", une mythologie, bref, un "squelette" qui consolide le tout.

Les WebSéries existent dans tous les styles, et ont connu une "explosion" plutôt spectaculaire. Lorsque j'ai découvert le concept, il n'y avait qu'une vingtaine de titres disponibles. Maintenant, il y en a 435 répertoriées sur Laserie.net, le portail attitré des WS. Evidemment, on y trouve le meilleur...comme le pire. Certaines "tentatives" sont avortées, d'autres ne font que recopier plus ou moins adroitement une série télévisée existant déjà... (il existe un terme pour désigner ce phénomène : "buffy-like" si la WS s'inspire un peu trop de BTVS, ou encore Charmed-like, si le thème abordé rappelle trop fortement celui de la série Charmed...) Mais on peut vraiment avoir de très bonnes surprises, à condition d'éplucher la liste disponible et de prendre le temps de découvrir les textes proposés.

Quant aux auteurs, dont je fais partie, c'est très gratifiant de pouvoir partager ses "créations" avec les internautes. Cela permet dans un premier temps de recueillir des avis, des critiques (appelées "reviews"), puis, par la suite, d'adapter son écriture, en l'améliorant et en tenant compte des remarques du lectorat.

C'est pour cela que je conseille une fois de plus à tous ceux que l'écriture passionne de se lancer dans l'aventure. A condition de ne pas le faire dans la précipitation et de prendre le temps de travailler son idée, l'expérience ne pourra qu'être enrichissante. Et instructive !

Par Miranda - Publié dans : J'ai écrit...
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Lundi 15 août 2005 1 15 /08 /Août /2005 00:00
Michelle Winningham était une femme d’une quarantaine d’années, aux cheveux bruns et au regard d’acier. Elle ne semblait pas vraiment à son aise, et même si elle tentait de le dissimuler, son angoisse était presque palpable.
Amanda Forsythe n’avait pas l’intention de la mettre en confiance, et ce fut sur un ton terriblement sec qu’elle posa sa première question :
« Madame Winningham, quel genre de médicament avez-vous donné à Tanya Johnson et Kristy Holbrook ? »
L’infirmière était assise derrière un bureau en bois blanc ; ses doigts s’agitaient nerveusement autour d’un crayon gris mal taillé.
« Une aspirine, répondit-elle sans hésiter. Un simple cachet d’aspirine.
-Vous en êtes certaine ?
-Oui. Absolument. Elles avaient mal à la tête, alors… »
Jack ne lui laissa pas le loisir d’achever sa phrase : « Comment pouvez-vous en être aussi sûre ? Après tout, vous devez voir beaucoup de monde. Vous devriez consulter vos dossiers avant de répondre, ce serait plus prudent.
-Je… Je me doutais que vous viendriez, alors j’ai juste vérifié, au cas où…
-…au cas où nous aurions l’idée vous poser des questions embarrassantes. Madame Winningham, quel genre de médicament avez-vous donné à ces adolescentes ? »
Amanda était bien déterminée à obtenir une réponse valable à cette interrogation.
« Je viens de vous dire que…
-Tanya et Kristy sont mortes. Toutes les deux. Elles ont littéralement été réduites en cendres. Mais ça, vous le savez déjà, n’est-ce pas ?
-Bien sûr, tout le monde le sait…
-Vous leur aviez donné un médicament quasiment miraculeux. Elles avaient la grippe, et vous leur avez dit d’avaler un cachet qui a instantanément fait disparaître leurs troubles. Quel était ce cachet, Madame Winningham ? »
Les mains de l’infirmière se crispèrent sur le stylo, et Jack se demanda si ce dernier n’allait pas finir par se casser en deux sous l’effet de cette pression. Il reprit la parole à son tour :
« Garder le silence n’est pas une solution. Vous avez empoisonné ces jeunes filles, et chez moi, on appelle ça un meurtre.
-Je n’ai rien fait ! », protesta-t-elle en se levant de sa chaise. « Je ne pouvais pas prévoir !
-Prévoir quoi ? »
La voix de Michelle Winningham commençait à trembler : « C’est un simple accident ! Rien d’autre qu’un accident ! Une réaction allergique, sûrement… Rien de plus.
-Qui vous a demandé de tester ce médicament ? Votre mari ? »
Elle acquiesça avec précipitation : « Mais il l’avait déjà testé sur d’autres personnes. Des clochards. Rien de tout ça ne leur était arrivé. Il voulait juste…être certain, procéder à d’autres tests. Ces jeunes filles n’auraient jamais dû mourir !
-Mais c’est pourtant ce qui s’est passé. Vous les avez considérées comme de simples rats de laboratoire. À combien d’autres lycéens avez-vous donné ce médicament ? »
La réponse fusa : « J’ai arrêté après avoir appris ce qui était arrivé à Kristy Holbrook.
-Et où sont ces cachets ?
-Je… Je les ai détruits.
-Sur le conseil de qui ? »
La femme baissa piteusement la tête mais ne répondit pas. Au même instant, la sonnerie d’un téléphone se fit entendre, et Amanda Forsythe tira son cellulaire de son sac. Lorsqu’elle mit fin à la communication, elle paraissait extrêmement contrariée.
« Qu’est-ce qui se passe ? Lui demanda Jack Spader, un peu inquiet.
-C’était le FBI. » Elle se tourna vers Michelle Winningham et lui lança d’une voix glaciale : « Est-ce que votre mari vous avez informée de ses intentions ? »
Interloquée, la femme secoua gauchement la tête.
« Il semblerait qu’il ait disparu sans prendre le soin de laisser une adresse où le joindre. Son entreprise est partie en fumée. J’ai l’impression qu’il n’a pas vraiment l’intention de vous rendre visite en prison. »
Les traits de l’infirmière se décomposaient progressivement ; ses yeux se remplirent de larmes : « Ce n’est pas vrai. », murmura-t-elle. « Vous mentez ! Philip ne ferait jamais ça !
-Vous ne vous êtes jamais demandée pourquoi votre mari voulait tester son médicament sur les élèves du lycée ? Après tout, c’était une mesure inutile… Il aurait été normal qu’il s’empresse de rendre sa découverte publique dès les premiers succès, non ? à moins, bien sûr, qu’il n’ait eu besoin de procéder à quelques modifications supplémentaires… Il cherchait peut-être à supprimer quelques effets secondaires gênants…
-Non ! C’est faux ! Ce n’est pas possible ! Il vous expliquera ! Philip vous expliquera ! »
Jack Spader fit signe aux deux officiers qui les avaient accompagnés d’emmener l’infirmière, mais celle-ci ne cessa pas pour autant de protester. Amanda Forsythe la regarda s’enfoncer dans le couloir, ne sachant pas trop si elle devait la détester ou la plaindre.
« Il a vraiment disparu ? », questionna l’inspecteur.
« En tous cas, ça y ressemble.
-Et ses associés ? Ses employés ?
-Impossible de savoir s’ils se trouvaient sur place lorsque l’incendie s’est déclaré. Selon toute vraisemblance, Winningham se doutait qu’on finirait par remonter jusqu’à lui ; ce qui m’étonne, c’est qu’il ait eu le temps de préparer aussi soigneusement sa fuite…
-Aucune trace de son produit-miracle, évidemment ?
-Aucune.
-Vous croyez qu’il a tout détruit ?
-Je me demande surtout ce qu’il cherchait à obtenir en le mettant au point.
-Un médicament qui vient à bout de la grippe en moins de 48 heures ferait un malheur s’il était commercialisé !
-Certainement…mais un médicament capable de réduire les gens en poussières sans le moindre risque de contamination, et sans laisser la moindre trace, pourrait également obtenir beaucoup de succès. »
Jack Spader la dévisagea avec un certain effarement : « Vous pensez que c’était ce qu’il recherchait ?
-Je n’en sais rien. Nous ne pourrons en être sûrs que lorsque nous le retrouverons, si toutefois nous y parvenons. Peut-être qu’il cherchait effectivement à mettre au point un traitement contre la grippe, et peut-être qu’il a décidé de tirer des bénéfices de cette découverte involontaire. Vous savez, Inspecteur, les progrès scientifiques peuvent apporter au monde des bienfaits extraordinaires…mais ce qui est valable dans un sens l’est également dans l’autre. Les armes bactériologiques sont là pour nous le prouver. »
Jack Spader ne releva pas ; il ne voyait que trop bien là où elle voulait en venir.
« Alors je suppose qu’il ne nous reste plus qu’à espérer que nous retrouverons Winningham.
-Effectivement. », approuva Amanda. « Espérons-le. »
Mais sa voix indiquait qu’elle n’y croyait pas.
 
 
Miranda Wolf
Le 6 décembre 2002
 
Par Miranda - Publié dans : J'ai écrit...
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Lundi 15 août 2005 1 15 /08 /Août /2005 00:00
Amanda frissonna au moment de s’engager dans l’interminable couloir bordé de cellules. Les prisons l’impressionnaient davantage que les Morgues, peut-être simplement parce qu’il s’en dégageait plus de haine, de violence et de folie. Les Morgues, elles, n’exprimaient que la tristesse et le désespoir. Et puis, les morts ne chuchotaient pas, ne bougeaient pas, ne toussaient pas. Elle refusait de regarder autour d’elle, mais elle sentait que tous les prisonniers la suivaient des yeux. Certains sifflèrent sur son passage, d’autres lui lancèrent des injures gratuites. Elle s’efforça de ne pas y prêter attention et marcha toujours droit devant elle, d’un pas régulier et quelque peu pressé. Jack Spader ouvrait la marche aux côtés d’un gardien, et il ne semblait absolument pas gêné par ce cadre hostile. Mentalement, Amanda se demanda s’il lui arrivait de penser à tous les criminels qu’il avait arrêtés, et à leur probable désir de vengeance.
Le gardien qui les accompagnait s’immobilisa et ouvrit une autre porte ; une pancarte salie par la poussière annonçait qu’on pénétrait dans le quartier de détention réservé aux mineurs. Amanda ne s’était pas attendue à voir tant de prisonniers dans cette partie du bâtiment. De jeunes garçons étaient allongés sur leur couchette, amorphes ; d’autres s’étaient seulement assis par terre, dans un coin, comme pour ne pas être vus. Ils étaient plus silencieux que leurs aînés ; seuls trois d’entre eux, probablement les plus âgés, ouvrirent la bouche pour lancer des insultes. Les autres se contentèrent de les regarder passer, sans dire un mot.
Le surveillant s’arrêta à nouveau, cette fois devant une cellule. La cellule d’Eriq Johnson. Celui-ci était assis en tailleur sur son lit et regardait fixement devant lui. Il parut ne pas reconnaître l’inspecteur Spader et ne réagit pas lorsque la porte s’ouvrit en grinçant.
Amanda s’avança en premier et pénétra dans la cellule : « Prends tes affaires, Eriq : on s’en va. »
L’interpellé ne réagit pas. Il semblait presque figé, statufié.
Amanda s’agenouilla et tendit la main en avant, pour l’inciter à bouger : « On va sortir d’ici, d’accord ? Tu n’as rien à faire dans cet endroit, absolument rien. »
Le garçon bougea lentement la tête en direction de la porte ouverte. Il était visiblement indécis, se demandant ce qu’il devait faire et comment il devait réagir.
« Tu n’as rien à craindre, lui assura Amanda. Je suis de ton côté, et je sais que tu n’es pas responsable de ce qui s’est passé. »
Eriq se décida enfin et déplia ses longues jambes pour se lever. Il semblait particulièrement à l’étroit dans cet environnement trop petit pour lui, et il n’osait pas observer ce qui se passait dans les cellules voisines. Il fixait uniquement le sol, faisant abstraction de tout le reste. Les autres prisonniers, le gardien, les barreaux, Jack Spader… Il faisait comme si rien de tout cela n’existait.
Ils remontèrent le couloir dans l’autre sens, toujours poursuivis par les cris des détenus, récupérèrent les maigres effets personnels d’Eriq et se retrouvèrent enfin à l’air libre, pour le plus grand soulagement d’Amanda. Elle ne souffrait pas de claustrophobie, et pourtant elle s’était sentie étrangement oppressée dans ces murs épais, derrière ces grilles et ces barreaux inattaquables.
« Je parie que tu es content de sortir de là, pas vrai ? », lança-t-elle à l’attention d’Eriq. Mais le jeune garçon s’enfonça davantage dans son mutisme.
Amanda refusa de se laisser décourager :
« Et maintenant, que dirais-tu d’un bon gros hamburger pour fêter ta sortie ? »
L’interrogé n’articula aucun son ; cependant, il hocha doucement la tête, et Amanda fut ravie d’avoir enfin obtenu une réaction. Elle se tourna vers son compagnon : « Et vous, Inspecteur ? Avez-vous quelque chose contre les hamburgers ?
-Non, répondit Jack. Sauf quand ils sont accompagnés d’arsenic.
-Parfait ! Dans ce cas, allons-y. Vous connaissez mieux la région que moi, tous les deux… Eriq, tu as un fast-food préféré, dans le coin ? »
Le jeune garçon hésita, entrouvrit la bouche et…la referma aussi sec.
Le miracle n’était pas pour maintenant.
Jack Spader décida d’intervenir : « J’en connais un à quelques pas d’ici. Son propriétaire est un peu escroc à l’occasion, mais ses hamburgers sont très mangeables…et garantis sans arsenic.
-Dans ce cas, approuva Amanda, je vous suis ! »
 
Eriq avala son hamburger avec appétit, et Amanda lui en commanda un deuxième, devinant qu’il ne serait pas de trop : la nourriture servie dans les prisons n’était pas réputée pour être délicieuse. Elle avala une gorgée de son soda avant de se lancer ; il était temps de reprendre l’interrogatoire.
« Eriq, est-ce que tu peux me raconter ce que tu as vu dans ce gymnase ? »
L’interrogé plongea ses yeux dans les siens, l’espace d’un instant, et elle put y lire la plus profonde des paniques.
« C’est très important, reprit-elle doucement. Il faut que tu nous aides à comprendre. »
Il se détourna d’elle pour s’intéresser à son hamburger.
Jack décida qu’il en avait assez ; il n’avait pas l’intention de perdre son temps à essayer de ménager un gosse qui n’avait pas l’air vraiment décidé à coopérer.
« Tu es dans le pétrin jusqu’au cou, lui lança-t-il sans délicatesse excessive. Soit tu t’en rends compte et tu te décides à parler, soit tu t’en fiches et tu restes muet. Mais si tu choisis la deuxième solution, j’aurai vite fait de te remettre derrière les barreaux, c’est clair ? »
Amanda Forsythe posa sur lui un regard qui en disait long sur ce qu’elle pensait de sa méthode, mais il l’ignora proprement.
« Alors ? reprit-il à l’intention d’Eriq. Tu optes pour quoi ? »
Des larmes s’étaient mises à couler le long du visage du jeune garçon, mais ce dernier demeurait toujours aussi silencieux. C’était exaspérant.
Amanda posa une main apaisante sur l’épaule du jeune homme : « Je t’assure que nous te croirons, lui dit-elle.
-Même…même si c’est complètement dingue ? »
La voix d’Eriq était étrangement faible ; on aurait dit un petit garçon apeuré, et cette impression contrastait curieusement avec son physique de géant.
« Je sais que tu veux nous dire la vérité, Eriq. Raconte-nous ce qui s’est passé, d’accord ? Nous devons comprendre ce qui est arrivé à Tanya. »
Il s’essuya les yeux d’un revers de main ; il semblait peser le pour et le contre.
« Quoi que tu nous dises, tu n’iras plus en prison, lui certifia Amanda.
-Promis ?
-Promis. »
Jack voulut intervenir pour faire savoir qu’il n’était pas disposé à faire ce genre de promesse, mais il n’en eut pas le loisir : Eriq s’était enfin décidé à parler. En vérité, il paraissait même pressé de se confier, et les phrases qui sortaient de sa bouche se bousculaient presque.
« J’avais séché le cours de maths, c’est pour ça que Tanya est venue me trouver… Elle savait que j’étais au gymnase, parce que j’y suis toujours quand je ne vais pas en cours. Il y a un panneau de basket, là-bas, alors je peux m’entraîner… C’est le seul endroit où je peux jouer…et puis il y a des ballons neufs… C’est vrai que je me suis énervé contre Tanya… Elle me traitait comme un gamin. Elle n’a pas arrêté de faire ça depuis que Maman est morte. Alors ça m’a agacé, je lui ai dit de partir, de me ficher la paix… Je ne sais pas si c’est ce qu’elle allait faire, mais tout à coup…elle a semblé avoir mal. Elle est tombée à genoux, elle m’a demandé de l’aider, mais je ne savais pas quoi faire… Je ne pouvais rien faire. Elle transpirait beaucoup, il y avait comme des cloques sur sa peau, partout…et puis…et puis… » Il étouffa un sanglot ; c’était visiblement là son plus douloureux souvenir. « Et puis sa tête a pris feu. Je sais que ça a l’air fou, mais c’est ce qui s’est passé. Je vous jure que c’est vrai. Une grande flamme est sortie de sa tête, elle a crié…et je me suis sauvé. Ça me flanquait trop la trouille, je ne comprenais pas… J’avais peur…qu’il m’arrive le même truc. Alors je me suis enfui. Je n’ai même pas pensé à prévenir quelqu’un, j’avais la frousse… C’était comme si je délirais…
-Et c’est avec ça que tu espères sauver ta tête, peut-être ? »
Jack Spader ne s’était pas vraiment attendu à ce genre de discours, et il était absolument incapable d’y accorder la moindre valeur.
Il constata, non sans surprise, qu’il n’en allait pas de même pour Amanda Forsythe, qui ne prêta aucune attention à sa remarque et invita Eriq à faire de même : « Dis-moi, est-ce que Tanya était malade avant de venir au lycée ? Est-ce qu’elle semblait souffrante ?
-Non… Je ne pense pas…mais je n’en suis pas sûr non plus. Tanya se levait plus tôt que moi pour rejoindre une copine, et elles allaient au lycée ensemble… »
Jack intervint de nouveau, plus calmement toutefois : « Le prénom de cette amie, ce ne serait pas Alice, par hasard ? »
Il hocha vivement la tête pour confirmer : « Si ! Alice Elwes. Elles partaient toujours ensemble. Tanya et elle étaient copines depuis la rentrée…
-Cette Alice affirme que ta sœur ne se sentait pas bien. D’après elle, elle voulait aller à l’infirmerie après t’avoir parlé. Elle ne t’en a rien dit ? »
Eriq haussa lourdement les épaules : « Elle était furax. Tout ce qu’elle voulait, c’est me ramener en cours.
-Et tu n’as rien remarqué d’inhabituel ? », lui demanda Amanda.
« Juste qu’elle transpirait…
-Avant que tout ne se déclenche ?
-Oui…avant que…que…qu’elle ne prenne feu. Et puis elle était moins couverte que d’habitude. Il ne faisait pas chaud, c’est pour ça que j’ai trouvé ça un peu bizarre…mais je me suis dit que c’était parce qu’elle était très énervée.
-D’après le directeur-adjoint du collège, elle était fiévreuse. C’est pour ça qu’elle avait demandé à aller à l’infirmerie. Mais je ne vois pas trop ce que ça change à l’histoire. Les gens ne prennent pas feu subitement, sans aucun motif…
-C’est pourtant ce qui s’est passé ! », affirma le garçon, comprenant ce que cela sous-entendait. « Je vous jure que c’est la vérité ! J’étais là, je l’ai vu et…
-On te croit, Eriq. », le rassura Amanda.
« Bien sûr, rétorqua Jack. On le croit. Et on croit aussi aux petits hommes verts. Et peut-être même aux elfes, pendant qu’on y est. Et aux vampires.
-Croire ne signifie pas toujours comprendre, Inspecteur. », remarqua froidement la scientifique.
« Vous le croyez peut-être, répliqua Jack, mais pas moi !
-Attendez de savoir de quoi il en retourne avant de vous prononcer.
-Ce que j’attends surtout, c’est de voir où va nous mener votre crédulité. »
Cette répartie fut de trop : Amanda Forsythe se leva vivement, ignorant les regards inquisiteurs qui s’étaient tournés vers leur table.
« Viens, Eriq. Je vais te raccompagner chez toi, d’accord ? »
L’interpellé ne protesta pas et se leva à son tour, emportant son hamburger encore intact avec lui. Avant de pousser la porte, il se tourna vers le policier et répéta encore, dans un murmure à peine audible : « Je vous jure que c’est vrai. »
Jack regarda la porte claquer derrière Amanda et décida qu’il était temps pour lui de regagner son bureau.
« C’est complètement stupide. », se dit-il à lui-même tandis qu’il sortait son portefeuille pour régler la note. En apparence, effectivement, c’était le cas : un corps humain ne pouvait pas s’enflammer comme ça, comme par magie… La version donnée par Eriq Johnson paraissait extraite d’un conte fantastique. Mais le plus fou, dans tout ça, c’est qu’il donnait vraiment l’impression d’être sincère. « Ce gamin doit avoir une araignée au plafond. », songea-t-il encore au moment de sortir du fast-food. « Ou bien… » Il interrompit sa réflexion, agacé : ou bien quoi ? Ou bien il disait la vérité ? Impossible. Et pourtant…
« Croire ne signifie pas toujours comprendre. »
Après tout, ce n’était pas si faux. N’était-il pas tenté de croire le témoignage que venait de lui livrer Eriq Johnson ?
Refusant d’y songer davantage, Jack prit la direction du commissariat.
 
La jeune fille aux tresses blondes consulta sa montre d’un air navré : il lui restait à peine vingt minutes avant le début des cours, et elle n’avait toujours pas révisé sa leçon d’Histoire. Évidemment, c’était entièrement sa faute : depuis qu’elle s’était trouvée un nouveau petit copain, elle n’avait plus vraiment la tête aux révisions. Elle se promettait toujours de se mettre sérieusement au travail, puis elle changeait brusquement d’avis, oubliait toutes ses bonnes résolutions et décrochait le téléphone pour fixer un rendez-vous avec Jeff. Ce n’était pas bien, et elle le savait parfaitement…mais elle était amoureuse, après tout, et pour une fois, elle avait peut-être déniché la perle rare. Est-ce que c’était une excuse suffisante pour saborder ses études ? Une intuition lui disait que l’argument ne ferait pas le poids devant le professeur d’Histoire…et encore moins devant ses parents.
Il y avait encore beaucoup d’animation dans les couloirs du lycée Eisenhower, et la jeune fille, qui s’appelait Angela mais préférait de loin le diminutif Angie, décida de trouver refuge dans une salle de classe. Pour plus de facilité, elle opta pour la salle 107, car c’était toujours là que se tenait le cours d’Histoire.
La porte était entrouverte, et cela la contraria un peu ; elle tendit l’oreille, cherchant à percevoir des bruits de voix, des rires, quelque chose capable de remettre ses projets en question. Elle eut un peu honte de réaliser qu’elle désirait plus que tout avoir une bonne excuse de ne pas ouvrir ce maudit cahier d’Histoire pour pouvoir rejoindre Jeff. Ce n’était pas le cas. Tout était parfaitement tranquille, et elle s’attendait presque à trouver la salle déserte.
Pourtant, il y avait quelqu’un, une fille de sa classe. Elle s’appelait Kristy, et Angela, même si elle ne la trouvait pas antipathique, ne lui avait jamais beaucoup parlé. Pourtant, lorsqu’elle aperçut le classeur posé devant elle, elle décida d’entamer la conversation :
« Tiens, toi aussi tu as du retard à rattraper ? Ce prof est fêlé, si tu veux mon avis : la chronologie qu’il nous a donnée à apprendre ressemble presque à une encyclopédie ! L’histoire romaine…qu’est-ce qu’on en a à cirer, je te le demande ? On est aux États-Unis, ici, pas à Rome ! Pff ! Enfin, puisqu’il faut le faire… »
Elle attendait une réaction, une réponse, mais rien ne vint : Kristy Holbrook était pliée en deux sur sa chaise, et elle ne lisait pas ses cours. Angela se demande si elle l’avait entendue et si elle avait décidé de l’ignorer. Puis elle entendit un gémissement, faible mais réel, et elle posa ses affaires sur une table avant de s’approcher davantage, précautionneusement : « Kristy ? Tu vas bien ? »
Comme brusquement rappelée à la réalité, la jeune fille releva la tête…et Angela sursauta malgré elle, un peu effrayée : de grosses gouttes de sueur coulaient le long du visage mortellement blanc de Kristy, à un tel point que des mèches de cheveux s’étaient collées à sa peau. Ses yeux, à eux seuls, exprimaient une détresse complète. On aurait dit qu’ils lançaient des SOS.
« Kristy ? », répéta Angela, interloquée. « Mais qu’est-ce que tu as ? »
Elle ouvrit péniblement la bouche, essaya de parler, y renonça…et réussit finalement à articuler quelques mots : « J’ai mal. S’il te plait…aide-moi. »
Angie ne s’était jamais trouvée dans une situation pareille, et elle ne savait vraiment pas quoi faire. Cependant, elle se força à contrôler la situation :
« Oui, bien sûr ! Bien sûr ! Je vais t’aider ! Il faut que tu ailles à l’infirmerie…et pour une fois, on se passera de l’autorisation du directeur. Quand l’infirmière te verra, elle comprendra qu’on n’avait pas le choix. Tu es d’accord, Kristy ? Tu te sens capable d’y aller ?
-Je… Je crois, oui.
-Très bien. Laisse ton sac ici, je te le ramènerai après. » Elle observa sa compagne, qui essayait de se lever : « Tu veux que je t’aide à marcher ?
-Non… Je crois…que ça ira. Ça tourne un peu, mais ça ira… » Elle sortit un grand mouchoir de sa poche et s’épongea le front : « J’ai si chaud !
-Je crois que tu as une sacrée fièvre ! », nota Angela. « Tu dois avoir la grippe, ou quelque chose comme ça…
-J’ai… J’ai déjà été malade…la semaine dernière. Je pensais que c’était passé… » Elle manqua de trébucher, et retrouva son équilibre de justesse : « …mais c’est peut-être revenu.
-On dirait bien ! », approuva Angie, qui suivait sa progression avec une certaine dose d’angoisse.
Elles sortirent dans le couloir, et Kristy s’immobilisa un instant, étourdie.
« Ça va ? », s’inquiéta Angela, qui avait complètement chassé de son esprit le cours d’Histoire et la chronologie qu’elle s’était pourtant jurée de réviser…ou du moins de survoler.
L’interpellée acquiesça, voulant la rassurer : « C’est juste…le bruit… J’ai mal à la tête.
-Ne t’en fais pas. L’infirmerie n’est pas loin, et normalement, l’infirmière est là à cette heure. »
Pourvu que la normalité soit toujours d’actualité, pensa-t-elle subitement. Elle avait le vague pressentiment que Kristy était au bord de l’évanouissement.
Surpris devant la démarche hésitante de celle-ci, des élèves s’écartaient pour les laisser passer…et pour mieux les observer. Angela était plutôt pressée d’arriver à destination, mais une voix la cloua sur place : « Angie ? Qu’est-ce que tu fais ? »
Elle se retourna, le cœur battant à 200 à l’heure : Jeff était là, entouré de ses deux meilleurs amis, ceux qu’il considérait comme ses frères et qui l’accompagnaient presque tout le temps.
« Je croyais que tu avais une urgence. », plaisanta-t-il.
« C’est un peu le cas. », répondit Angela. « Je vais conduire Kristy à l’infirmerie… Elle a vraiment l’air très malade ! »
Jeff s’était rapproché, et il ne le démentit pas.
« Vous voulez qu’on vous accompagne ? », proposa-t-il aimablement.
Angela sourit, séduite par les bonnes manières de son Prince Charmant. Elle allait répondre par l’affirmatif lorsqu’un cri jaillit de la gorge de Kristy Holbrook. Aussitôt, elle fit volte-face…et hurla à son tour, avant de se réfugier instinctivement dans les bras de Jeff.
Kristy s’était effondrée en plein milieu du couloir, et des cloques épouvantables apparaissaient sur chacune des parties de son corps. Des murmures diffus s’élevèrent, tandis que Kristy tentait de lancer un ultime appel à l’aide : « J’ai mal ! », cria-t-elle dans un sanglot.
Un deux camarades de Jeff voulut venir à son secours, mais le deuxième l’en empêcha d’un geste. Au même instant, une immense flamme orangée sortit de la tête de Kristy, ne lui laissant même pas le temps de réagir. Des clameurs horrifiées fusèrent de tous les côtés, les « Mon Dieu ! » effrayés se mélangèrent aux « Nom d’un chien ! » incrédules…et la panique s’abattit enfin sur tout ce petit monde : les élèves se mirent à courir dans tous les sens en poussant des hurlements stridents et désertèrent le couloir, pressés de se retrouver hors du bâtiment, loin de ce phénomène qu’ils ne parvenaient pas à comprendre.
Au milieu du couloir maintenant déserté, gisait une paire de bottines noires : c’était tout ce qui restait de Kristy Holbrook.
 
Moins de quarante minutes plus tard, Jack Spader contemplait la paire de chaussures et les cendres dispersées tout autour. Lorsqu’il avait eu connaissance de ce nouveau drame, il avait décidé de battre tous ses records de vitesse et avait grillé pour l’occasion quelques feux rouges, profitant de l’avantage que lui conférait le gyrophare bleu placé sur le toit de sa voiture. Il voulait être certain qu’il ne s’agissait pas d’une plaisanterie de mauvais goût…et constater que ce n’était effectivement pas le cas ne l’avait pas particulièrement réjoui.
« Alors, Inspecteur ? Est-ce que vous comptez mettre ça sur le dos d’Eriq Johnson ? »
Jack se retourna brusquement et se retrouva face à Amanda Forsythe. La scientifique le dévisageait avec attention, comme pour analyser ses réactions et mieux mesurer l’étendue de sa stupeur.
« Qui vous a avertie ? », lui demanda-t-il, assez acerbe.
« Je vous l’ai déjà dit, non ? J’ai la priorité sur ce dossier, il est donc normal qu’on me prévienne avant vous…
-Vous avez peut-être la priorité, comme vous dites, mais personne ne m’a encore demandé de lâcher cette enquête.
-Je sais bien, et personne ne compte le faire. écoutez, Inspecteur, je peux tout à faire comprendre que vous ayez du mal à accepter la version des faits donnée par Eriq…mais maintenant, il va vous falloir admettre l’évidence. »
Jack soupira : elle n’avait pas vraiment tort. Il décida de capituler :
« Très bien, dit-il. Puisque vous êtes visiblement arrivée sur place avant moi, je vous laisse le soin de m’exposer les faits. Qui était la victime ?
-Une jeune lycéenne ; elle s’appelait Kristy Holbrook. Je n’ai pas encore pu consulter son dossier scolaire, mais de toutes manières, je doute qu’il nous soit très utile.
-Des témoins ?
-Une quarantaine, au minimum. Les cours n’avaient pas encore commencé quand c’est arrivé. Ils ont été regroupés dans une salle, mais ce sera sûrement inutile de tous les interroger. Une jeune fille l’accompagnait quand ça s’est produit. Je crois qu’il serait intéressant de la questionner en priorité, pas vous ? »
Jack approuva : « Si, sûrement. Où se trouve-t-elle ?
-Dans le bureau du directeur. »
Préférant ne pas attendre davantage, tous deux prirent la direction voulue et poussèrent bientôt la porte du bureau réservé à Desmond Hugues. Ce dernier, toujours accompagné de son adjoint, faisait les cent pas ; il ne parlait pas, mais il n’était pas très difficile d’évaluer l’importance de son énervement et de sa contrariété.
Angela était assise dans un coin, sur une chaise pliable, et tenait dans ses mains tremblotantes un gobelet rempli de café noir sans sucre. Elle ne prenait pas souvent ce genre de boisson, mais vu les circonstances, elle avait senti qu’un peu de caféine ne pourrait pas lui faire trop de mal.
« Inspecteur ! », s’exclama Hugues en voyant arriver Jack. « Enfin ! Pouvez-vous me dire ce qui se passe ici ? C’est à n’y rien comprendre… J’ai déjà eu beaucoup de mal à calmer mes élèves –et surtout leurs parents !– après la mort de cette pauvre Tanya… Que vais-je pouvoir leur raconter, cette fois ? Presque tout le lycée était présent quand ce…cette chose est arrivée ! Mettez-vous à ma place ! Il me faut absolument des réponses ! Qu’est-ce que ça signifie ? »
Ce fut Amanda Forsythe qui intervint ; on devinait à sa voix qu’elle était plutôt pressée de mettre un terme aux jérémiades du directeur : « Nous poursuivons l’enquête, Monsieur. » Elle désigna Angela, qui n’avait pas décollé les yeux de son café maintenant presque froid. « Nous devons d’abord interroger cette jeune fille, si vous le permettez.
-Bien sûr, je le permets, mais…
-Auriez-vous l’obligeance de bien vouloir sortir de cette pièce ? »
Desmond Hugues ne s’attendait visiblement pas à se faire expulser de son propre bureau ; il ouvrit la bouche pour protester, mais Christopher McPherson l’en empêcha : « Évidemment, nous allons vous laisser. », dit-il en associant le geste à la parole. Hugues hésita, observa son adjoint, puis décida de l’imiter. Pourtant, au dernier moment, juste avant de fermer la porte, il répéta fermement : « Je veux des réponses, Inspecteur ! »
Amanda et Jack attendirent que la porte soit enfin fermée avant de se tourner vers Angela.
« Nous savons que tu te trouvais en compagnie de Kristy peu avant sa mort, commença la virologue. Est-ce que tu étais amie avec elle ? »
Angela secoua la tête par deux fois avant de trouver la force de murmurer : « Non.
-Alors que faisais-tu avec elle ?
-Je voulais la conduire à l’infirmerie. Elle…elle semblait très malade.
-Qu’avait-elle exactement ?
-Je ne sais pas trop… De la fièvre… Beaucoup, je crois, parce qu’elle transpirait… Et puis elle a dit qu’elle avait mal à la tête.
-Comme Tanya. », souligna Jack pour lui-même.
« Et est-ce que ces symptômes sont apparus subitement ?
-Je ne sais pas… Je suis entrée dans la salle pour réviser, et elle était là… Elle était déjà malade. Je croyais…que c’était un genre de grippe. Il y en a beaucoup en ce moment…mais ce n’était pas ça, n’est-ce pas ?
-Non, en effet. », répondit Amanda.
« Alors qu’est-ce que c’était ? », voulut savoir la jeune fille, alarmée. « On dit que c’est arrivé aussi à une autre fille. Qu’est-ce que c’est ? Est-ce que c’est contagieux ? Est-ce que ça peut s’attraper ? J’étais là, tout près d’elle… Peut-être qu’elle m’a contaminée ! Peut-être qu’on est tous malades et qu’on va tous mourir comme elle ! »
Angela était complètement paniquée, et Amanda essaya de la ramener au calme : « Je ne pense pas que ce soit contagieux. Si ça l’était, il y aurait eu beaucoup plus de cas, et si nous avions accordé de l’importance à ce genre d’éventualité, tout le lycée aurait immédiatement été placé en quarantaine, et nous n’y serions entrés qu’habillés en cosmonautes.
-Vous… Vous êtes sûrs qu’il n’y a pas de risques ? »
Amanda lui adressa un sourire apaisant : « Oui. Tu n’as pas à t’en faire pour ça… Je sais que tu n’étais pas amie avec Kristy, mais j’aimerais que tu répondes à une dernière question, d’accord ?
-Et après je pourrais rentrer chez moi ?
-Bien sûr.
-C’est quoi, votre question ?
-Est-ce que tu sais si Kristy a été malade, durant ce dernier mois ? As-tu remarqué qu’elle était absente ?
-Je ne sais pas… » Angela tira un Kleenex de sa poche et s’essuya les yeux. « …mais je me souviens qu’elle m’a dit qu’elle avait été malade la semaine dernière, et qu’elle croyait que c’était passé… Est-ce que ça peut vous aider ?
-Je crois, oui. », affirma Amanda en se forçant à ne pas avoir l’air trop préoccupée.
« Je peux… Je peux partir, maintenant ? Je voudrais sortir d’ici, s’il vous plait.
-Il n’y a aucun problème. Nous avons juste besoin de ton adresse et de ton numéro de téléphone. »
Angela griffonna ces renseignements sur une page arrachée à son agenda puis quitta les lieux avec empressement. Presque aussitôt, Desmond Hugues refit surface et demanda avec empressement : « Alors ? Vous avez trouvé ?
-Une enquête ne se termine pas en cinq minutes, Monsieur. », remarqua froidement Amanda. « Laissez-nous le temps de poursuivre nos investigations !
-Mais je croyais pourtant que tout était clair ! », protesta Hugues en se tournant vers Jack Spader. « Vous disiez avoir arrêté le coupable, Inspecteur !
-J’étais convaincu qu’il n’y aurait pas de victime supplémentaire. », affirma l’interpellé.
« Eh bien ! C’est réussi !
-Rien de tout ceci n’était prévisible. », souligna Amanda, de plus en plus agacée par le comportement de son interlocuteur. « Et maintenant, si vous voulez bien nous excuser… Nous avons beaucoup de travail devant nous. »
Jack la suivit dans le couloir, qui était devenu étrangement silencieux.
« Vous sembliez pourtant avoir prévu que cette affaire ne s’arrêterait pas là. », nota-t-il tandis qu’ils quittaient l’établissement. « Avouez que ce deuxième cas ne vous surprend pas vraiment…
-Vous faites erreur. », démentit-elle. « J’étais sûre que Tanya Johnson n’avait pas été simplement assassinée, c’est vrai, mais je ne savais pas qu’on devait s’attendre à une épidémie.
-Une épidémie ? Je croyais…
-C’est juste une façon de parler. », le rassura-t-elle. « Il n’y a d’après moi aucun risque de contagion. En fait, lorsqu’on m’a mise sur cette affaire, je pensais qu’il pouvait s’agir d’un cas de combustion spontanée. Avez-vous déjà entendu parler de ces phénomènes ?
-Pas vraiment.
-On a déjà retrouvé de nombreux corps carbonisés dans des pièces parfaitement intactes. Diverses hypothèses ont été émises pour expliquer ces décès : abus d’alcool, foudre…et d’autres beaucoup plus fantaisistes…
-Fantaisistes ? Dans quel sens ?
-Certaines personnes assimilent ces combustions à un genre de vengeance divine.
-Et d’un point de vue purement scientifique, ça s’expliquerait comment ?
-Il n’y a pas encore d’explication définitive à tout ça. Juste des hypothèses invérifiables… Beaucoup de scientifiques se sont penchés sur la question, mais sans vraiment y trouver de réponse. Le premier cas répertorié date de 1731 ; ça s’est passé en Italie. Une comtesse a été retrouvée carbonisée chez elle, dans sa chambre. Dans tous les cas, la combustion semble extrêmement rapide, parce que les victimes ne cherchent pas à appeler à l’aide. On ne connaît pas encore tous les secrets du corps humain, et il est même probable qu’on ne parvienne jamais à les dévoiler, mais la plupart des combustions semblent se produire chez des personnes diminuées physiquement, ou bien dépressives… Ce genre de troubles psychiques peut entraîner une modification du métabolisme et provoquer, entre autres, un déséquilibre en phosphagènes ainsi qu’un comportement anormal du mécanisme de régulation de la chaleur… Ce phénomène, associé à un orage magnétique, pourrait peut-être déclencher une combustion intérieure…
-Et vous pensiez que c’était le cas pour Tanya Johnson ?
-J’ai envisagé cette possibilité dans un premier temps, mais je l’ai abandonnée par la suite. Une combustion spontanée ne présente aucun symptôme. Or, Tanya était fiévreuse, et Kristy Holbrook présentait tous les signes d’un état grippal…
-Pourquoi avez-vous cherché à savoir si elle avait été malade récemment ?
-J’ai posé la même question à Eriq, et il m’a répondu que sa sœur venait tout juste de sortir d’une grippe…
-Vous pensez vraiment qu’il pourrait y avoir un rapport ? »
Elle haussa les épaules : « Je ne sais pas trop…mais je préfère vérifier. Écoutez, je vais rendre visite à Eriq, pour lui demander des précisions à ce sujet. Pendant ce temps, pourriez-vous essayer de prendre contact avec le médecin personnel de Kristy, ou bien avec sa famille ?
-Oui, mais pour leur demander quoi ?
-Vérifiez que Kristy a bien été malade, demandez à savoir ce qu’elle avait et quel traitement elle a reçu. Je vous retrouverai au commissariat d’ici… » Elle consulta brièvement son bracelet-montre : « …disons une heure. Ça vous convient ? »
Jack ne formula aucune objection, et Amanda Forsythe s’immobilisa devant une Ford Mondeo qui, d’après l’autocollant placé sur le pare-brise, provenait d’une agence de location. Elle en ouvrit la portière, et elle allait s’installer au volant lorsque l’inspecteur reprit la parole : « Est-ce que ça vous dérangerait de présenter mes excuses à Eriq Johnson ? »
Amanda sourit : « Pas du tout, mais vous pourriez le faire vous-même, non ? Eriq est trop content d’être sorti de prison pour vous étrangler par simple esprit de vengeance ! Et puis en parlant d’excuses, je vous en dois aussi, je crois : je me suis un peu emportée alors que votre attitude, dans un sens, était parfaitement compréhensible…
-Mais vous aviez raison : Eriq n’a pas tué sa sœur. Reste à découvrir ce qui l’a fait…
-Je crois qu’aucune force extérieure n’a réellement tué Tanya. Quelque chose a été capable d’apporter des modifications radicales à son métabolisme, de telle sorte qu’elle a pris feu de l’intérieur. Tout ce que nous avons à faire, maintenant, c’est d’identifier cette chose, pour éviter que ça ne se reproduise encore. »
 
Comme convenu, Amanda Forsythe refit son apparition une heure plus tard, alors que Jack Spader se trouvait au téléphone. Elle attendit que la conversation s’achève avant de venir aux nouvelles : « Alors ? Qu’avez-vous trouvé ?
-Kristy Holbrook a bien été malade la semaine dernière. Sa mère me l’a confirmé. Mais elle n’est pas allée chez le médecin ; elle avait une sorte de grippe, avec de la fièvre, des maux de tête… Elle toussait beaucoup, et sa mère allait lui prendre un rendez-vous lorsque tous ces symptômes ont brusquement disparu. D’après Kristy, c’était grâce à un médicament…
-…généreusement offert par l’infirmière de l’école. »Jack posa sur sa compagne un regard des plus surpris, et elle reprit, en guise d’explication : « Tanya aussi sortait d’une maladie similaire. Elle n’a pas raté les cours, parce qu’elle ne voulait pas prendre de retard, mais elle était très atteinte. Elle avait beaucoup de fièvre, des maux de gorge et un rhume. Elle est allée à l’infirmerie pour prendre une simple aspirine, mais l’infirmière lui a donné une gélule en lui promettant que ça allait la soulager. C’est visiblement ce qui s’est produit ; d’après son frère, elle allait beaucoup mieux le soir-même.
-Curieux. », commenta Jack en considérant pensivement son téléphone. « Je n’ai jamais entendu parler d’un médicament aussi miraculeux, et vous ?
-Moi non plus. Et je n’aime pas du tout ça. Je me suis renseignée sur l’infirmière du lycée Eisenhower. C’est une certaine Michelle Winningham. Son mari dirige une importante firme pharmaceutique.
-Alors vous pensez qu’elle s’amuse à distribuer aux élèves qui viennent la voir un médicament qui pourrait être à l’origine de ces décès ?
-C’est le plus probable.
-Mais pourquoi agir de la sorte ? Dans quel but ? Il existe bien des cobayes qui acceptent de tester les nouveaux traitements…
-…mais ils ne le font jamais gratuitement. Et d’après mes sources, les affaires de Philip Winningham ont connu des jours meilleurs. Il a été traîné en justice il y a moins de six mois, à cause d’un médicament qui semblait provoquer des malformations chez les fœtus. Il a eu beaucoup de mal à s’en sortir, et les finances de son entreprise ne sont pas encore au beau fixe. Je suppose qu’il cherche à rectifier le tir en mettant sur le marché un médicament révolutionnaire qu’il teste directement sur la population. Le poste de Michelle Winningham lui permet de le faire sans être inquiétée… J’ai déjà prévenu le FBI : à l’heure qu’il est, des agents s’apprêtent à saluer son mari.
-Et nous, que faisons-nous ?
-Que diriez-vous de visiter l’infirmerie du lycée ? »
 
 
 
Par Miranda - Publié dans : J'ai écrit...
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Lundi 15 août 2005 1 15 /08 /Août /2005 00:00

En guise d'introduction, je dois reconnaître que je suis fichtrement incapable d'écrire une "nouvelle" qui en soit vraiment une... J'ai toujours eu beaucoup de mal à synthétiser mes idées ; du coup, mes prétendues nouvelles prennent toujours des proportions gigantesques. A tel point qu'elles ne méritent plus vraiment le terme de nouvelles...

Ce qui suit est une de mes tentatives les plus récentes, l'avant-dernière en date, si mes souvenirs sont exacts. Depuis que j'ai découvert les WebSéries, j'ai quelque peu délaissé les nouvelles. Il y aurait sûrement des tas de rectifications à apporter à ce texte, mais je vous le livre dans son état d'origine, histoire de ne pas tricher...

PS : OB limitant visiblement le nombre de caractères des messages, je vais être obligée de découper le texte en plusieurs parties...

 


 

Feux Intérieurs

   "Si les découvertes scientifiques ont à la fois donné à l'humanité le pouvoir de créer et le pouvoir de détruire, alors elles sont en même temps un énorme défi et une grande épreuve."
John Fitzgerald Kennedy
Président des États-Unis (1961-1963)
 
                    
Tanya Johnson soupira : comme elle s’y était attendue, son frère s’était encore réfugié dans le vieux gymnase, loin des salles de classe, des cahiers et des professeurs qu’il semblait continuellement fuir. Debout face à un panier de basket sans filet, Eriq s’entraînait encore en prévision d’un match imaginaire. Elle l’observa durant quelques minutes : plongé dans son jeu, captivé par le bruit que faisait le ballon en rebondissant sur le sol poussiéreux du local, Eriq ne l’avait pas entendue entrer. Il allait et venait de chaque côté du panier, essayant de contourner des adversaires fictifs en driblant férocement pour conserver l’avantage. Lorsqu’elle en eut assez, Tanya décida de signaler sa présence et toussota par deux fois ; immédiatement, Eriq fit volte-face, sans pour autant lâcher son ballon.
« Tu es vraiment impossible, Eriq. », soupira Tanya tout en avançant de quelques pas.
Eriq ne répondit pas mais s’agrippa davantage à son ballon, comme pour l’empêcher de s’envoler.
« Je croyais que tu avais compris. », poursuivit Tanya, visiblement découragée.
Eriq se redressa et adressa à son aînée un regard rempli d’arrogance. Malgré ses quinze ans, le jeune garçon approchait déjà du mètre quatre-vingt et sa musculature trahissait tout de la passion qui le liait au sport en général, et au basket-ball en particulier. De plus, il portait continuellement des survêtements usés et ne se séparait jamais de sa casquette aux couleurs de son équipe favorite. Comme la moitié des élèves du lycée Eisenhower, Tanya et Eriq étaient d’origine afro-américaine. Et comme la majorité de leurs camarades, ils ne roulaient pas sur l’or.
« Désolé de te décevoir, grande sœur. », lança-t-il à son interlocutrice. « Je crois que tu vas devoir me faire un dessin. »
Il se remit aussitôt à dribler, ne se souciant déjà plus de la présence de Tanya, ni de son mécontentement évident. Dépitée, l’adolescente se précipita au-devant de son frère et tenta de s’emparer du ballon, mais Eriq le lança au même instant en direction du panier et le projectile rebondit sur le cercle métallique avant de rouler à terre et de s’immobiliser près du mur.
« Ça suffit ! », hurla Tanya, excédée. « Maintenant, tu vas m’écouter ! »
Son visage, d’ordinaire souriant, était comme métamorphosé par une profonde colère. Tanya était généralement très calme et pleine de réserve, mais elle possédait également beaucoup de caractère et savait se faire respecter quand le besoin s’en faisait sentir. De plus, elle allait sur ses dix-huit ans, et, de ce fait, son statut d’aînée l’autorisait à faire preuve d’une certaine autorité. Aussi Eriq choisit-il de se taire, sans pour autant accorder toute son attention aux paroles de sa sœur. Celle-ci parlait avec véhémence, à la manière d’un politicien qui cherche à convaincre un public sceptique. Machinalement, Eriq remarqua que sa sœur, d’ordinaire assez frileuse, était très peu couverte pour la saison : elle n’avait pas pris son blouson et s’était débarrassée de son gilet. De la sueur perlait à son front, mais il mit ceci sur le compte de l’énervement ; Tanya avait l’air très remontée contre lui, presque furieuse.
« Il est 9h00, et en ce moment tu devrais être en cours. Et au lieu de ça, je te trouve ici, avec ce stupide ballon, en train de perdre ton temps, comme toujours ! Bon sang, Eriq, est-ce que tu réalises que tu risques de gâcher toutes tes chances en continuant comme ça ? »
Eriq sentit son indifférence se transformer progressivement en agacement ; sa sœur était certes plus âgée que lui, mais ce n’était pas une raison pour le traiter comme un gamin de trois ans.
« Fiche-moi la paix ! », aboya-t-il soudain. « J’en ai assez de t’avoir tout le temps sur le dos ! Et j’en ai assez que tu t’inquiètes pour moi ! Et d’abord, qui t’a dit que je n’étais pas en cours ? Tu m’espionnes, maintenant ?
-C’est normal que je m’inquiète pour toi. », répliqua Tanya, piquée au vif. « Tu es mon frère, et j’ai promis à Maman de m’occuper de toi à sa place. Et puis c’est le directeur-adjoint qui m’a demandé pourquoi tu n’étais pas en cours. Tu avais un devoir de maths en première heure, je te signale…
-Je déteste les maths. », rétorqua Eriq, cinglant. « Et je déteste tout autant les pots de colle dans ton genre ! Je n’ai pas besoin d’ange gardien, Tanya. Et je n’ai pas non plus besoin d’une frangine qui passe sa vie à me faire la morale pour se donner bonne conscience ! Ce que je fais, ça ne regarde que moi ! Occupe-toi de tes affaires, retourne apprendre sagement tes leçons pour épater la galerie, mais ne me demande surtout pas de te ressembler. Tu es parfaite ? Tant mieux pour toi ! Mais toi et moi, nous ne sommes pas pareils ! Pas du tout. Tu veux m’aider mais tu ne comprends rien. Tu n’as jamais rien compris.
-Et toi, tu t’imagines tout savoir et tu as tort. Ton avenir, ce n’est pas le basket. Peut-être que ça le sera un jour, mais pas maintenant. Le directeur a été très clair, pourtant : si tu continues à sécher systématiquement tous les cours, il te mettra dehors. C’est ce que tu veux, dis-moi ? Être renvoyé ? Tout est déjà si compliqué… Ne rends pas les choses plus difficiles qu’elles ne le sont déjà, Eriq… »
Mais ce discours resta sans effet ; au contraire, il ne fit qu’accroître la colère de celui à qui il était destiné : « Très bien. », cria-t-il. « Puisque tout est compliqué, alors moi je laisse tomber. Je vais continuer à sécher les cours jusqu’à ce que le dirlo en ait marre. Je vais le faire jusqu’à ce qu’il me vire une fois pour toutes. Je sais que tout est déjà difficile, alors je ne vois pas pourquoi je me prendrais la tête avec des trucs qui ne me serviront jamais ! Tu crois vraiment que les leçons que tu apprends t’éviteront de te retrouver à la rue ? Tu rêves, Tanya ! Tu rêves complètement ! Je n’ai rien à faire ici, rien à apprendre, et je me fiche pas mal d’être jeté dehors ! »
Tanya serrait les poings ; elle aurait voulu pouvoir le frapper, juste pour le forcer à regretter ce qu’il venait de proclamer avec tant d’assurance : « Tu te crois fort, mais tout ce que tu fais, c’est éviter les problèmes. Tu abandonnes parce que tu as la frousse. Apprendre, c’est trop difficile pour toi, ça te demande trop d’efforts, alors tu te défiles. » Sa voix monta d’un ton, et elle ne parvint plus à retenir la rage qui bouillonnait en elle : « Est-ce que tu penses à Maman, dans tout ça ? Est-ce qu’il t’arrive de réaliser qu’elle serait affreusement déçue par ton comportement ? Ou est-ce que tu l’as déjà oubliée ?
-Maman est morte ! », hurla Eriq, hors de lui. « Elle est morte, et tout ce que tu fais, c’est essayer de prendre sa place ! Fiche-moi la paix, j’en ai assez de t’entendre ! Dégage ! Fiche le camp d’ici ! J’en ai assez ! Je ne veux plus te voir ! »
Il se passa quelques secondes, puis Tanya recula imperceptiblement, en bredouillant des mots qu’il ne comprenait pas. Eriq, surpris par cette attitude, pensa tout d’abord que sa sœur était stupéfaite par cette réaction brutale à laquelle elle n’était pas habituée ; d’habitude, en effet, il ne lui parlait pas aussi méchamment. Et lorsque, par malheur, il levait la voix, Tanya savait toujours remettre les choses à leur place. Sauf aujourd’hui, semblait-il… Tanya ouvrit la bouche pour parler, mais aucun son ne sortit de sa gorge.
« Dégage ! », répéta Eriq en lui indiquant la sortie. « Je n’ai plus envie de discuter ! »
La bouche de Tanya s’entrouvrit à nouveau ; cette fois, elle parvint à prononcer un mot, un seul, mais qui sonnait comme une supplication, comme une prière désespérée : « Eriq… » Ne pouvant en dire davantage, elle tendit une main en direction de son frère, à la façon d’un noyé qui cherche à atteindre la branche qui pourrait le sauver mais qui s’éloigne irrémédiablement de lui. Puis elle tomba à genoux, les traits crispés par une douleur insoutenable.
« Eriq. », répéta-t-elle, les yeux remplis de larmes.
En un instant, toute la colère qui habitait Eriq retomba, cédant la place à une frayeur inexpliquée : « Tanya ? Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce que tu as ? »
Sa sœur fut incapable de lui répondre, mais elle tendit à nouveau une main dans sa direction ; des boursouflures et des cloques rouges apparaissaient sur sa peau à une vitesse ahurissante, semblables à des brûlures venues de nulle part. De grosses gouttes de sueur coulaient le long de sa figure et venait humidifier ses vêtements.
Eriq fit instinctivement quelques pas en arrière sans parvenir à détacher son regard du visage de Tanya ; le spectacle qui s’offrait à lui était purement effrayant, et cependant une fascination morbide, presque malsaine, lui commandait de rester là, sur place, pour observer.
« Aide-…moi. », articula Tanya dans un murmure.
Sa main retomba lourdement sur le sol alors qu’une affreuse odeur de chair brûlée commençait à envahir le vieux gymnase ;  soudain, une flamme jaillit de la tête de Tanya, qui n’eut que le temps de pousser un ultime hurlement, très bref mais absolument terrifiant. Eriq sentit le sol se dérober sous ses pieds ; brusquement, il se détourna de l’horrible scène et s’enfuit à toute vitesse. Il ne se retourna qu’une fois, comme pour se persuader qu’il ne s’agissait pas d’un simple cauchemar. De sa sœur, il ne subsistait plus qu’un petit tas de cendres encore fumant. Et une paire de chaussures.
En proie à une terreur qu’il lui était impossible de dompter, Eriq se précipita à l’extérieur en hurlant, bousculant au passage trois élèves qui discutaient en buvant du coca-cola.
« Eh bien ! », plaisanta un grand garçon roux en observant la fuite éperdue d’Eriq. « Il a sûrement croisé un fantôme, celui-là ! »
 
C’était un professeur d’éducation physique qui avait découvert le drame en premier ; une dizaine d’élèves avaient suivi, tandis que l’enseignant sortait en courant pour appeler à l’aide et, par la même occasion, éviter le malaise.  L’homme était toujours présent, assis sur un tabouret vert, les yeux fixés sur un point invisible, du moins pour son entourage. Le macabre spectacle qu’il avait observé en exclusivité allait probablement le rendre insomniaque, du moins durant quelques semaines.
Et il fallait admettre qu’il y avait de quoi. Jack Spader avait déjà vu plus d’un meurtre sanglant. Des femmes poignardées sauvagement, des blessures par balles qui ne laissent aucune chance à la victime… Ce n’était jamais plaisant, mais le pire était encore d’imaginer qu’un homme puisse s’amuser à faire subir ce sort à d’autres êtres humains. Mais dans le cas présent, le pire était ailleurs. Il n’y avait pas de sang, non. Pas une goutte. Seulement des cendres. Et cette paire de chaussures, avec ce qui restait de son propriétaire à l’intérieur. C’était presque absurde, digne d’un mauvais film d’horreur. Pourtant, il n’y avait pas de metteur en scène, et encore moins de caméras. Rien que la réalité.
« Bon Dieu, qu’est-ce que c’est que ce cirque ? », murmura l’inspecteur, plus pour lui-même que pour son entourage.
« Bah ça, je voudrais bien le savoir ! »
Jack Spader se retourna : le légiste, Bill Ermey, semblait presque bouleversé par l’affaire.
« Un truc pareil, c’est dingue, tout simplement dingue !
-Et vous pensez qu’il vous faudra combien de temps pour…disons pour déterminer les causes du décès ? »
Ermey haussa lourdement les épaules, comme accablé par avance par sa future tâche : « Je n’en sais fichtrement rien… Je dois d’abord rechercher des traces de combustibles…et après…je ne sais pas. Franchement. »
Jack ne se formalisa pas du peu de précision de la réponse.
« On sait qui est la victime ? », demanda-t-il.
Un officier s’approcha de lui et lui tendit une carte d’étudiant protégée par une pochette plastifiée : « On a retrouvé un sac près du… » Il jeta un coup d’œil aux restes carbonisés puis acheva sa phrase, ne trouvant aucun terme plus approprié : « …du corps. D’après cette carte, il appartient à un adolescent du nom d’Eriq Johnson. Mais je ne pense pas qu’il peut s’agir de la victime, si on en juge d’après les chaussures… »
Jack approuva : les chaussures étaient en effet élégantes, bien qu’assez usagées, et elles étaient fermées par une boucle dorée. Il était donc peu vraisemblable qu’elle soit la propriété d’un garçon. Néanmoins, il décida de vérifier et retourna auprès de Bill Ermey : muni d’une pince à épiler, le légiste effectuait des prélèvements, non sans grimacer de dégoût.
« D’après vous, est-ce qu’il pourrait s’agir d’un garçon ? »
Ermey se releva péniblement tout en scellant le sachet plastifié : « Vu comme ça, ce n’est pas facile à dire…mais d’après cette chose… » Il tira d’une des poches de sa blouse blanche un autre petit sachet en plastique, qui cette fois contenait un collier en argent et un pendentif en forme de rose sur lequel était gravée la lettre T. « Si c’était un garçon, il avait des goûts plutôt efféminés. », commenta Ermey avant de se remettre au travail.
Jack acquiesça pensivement et décida qu’il était grand-temps pour lui d’aller interroger le directeur et son adjoint.
 
Desmond Hugues, le directeur de l’établissement, était assis derrière son bureau mais avait pris soin de laisser la porte de la pièce ouverte. Son adjoint, un dénommé Christopher McPherson, était posté derrière une fenêtre, les mains croisées derrière le dos. Les deux hommes demeuraient silencieux, chacun réfléchissant à la meilleure manière de présenter l’affaire aux parents des nombreux élèves qui fréquentaient le lycée.
Jack Spader, cependant, vint interrompre le cours de leurs pensées : « Excusez-moi… Me serait-il possible de vous poser quelques questions ? »
Hugues et McPherson regardèrent à peine l’insigne que leur tendit le policier ; tous deux semblaient plutôt pressés d’en finir avec les formalités. Le directeur-adjoint s’écarta de la fenêtre pour faire face à l’inspecteur : « Avez-vous identifié la victime ?
-Justement : c’est à ce sujet que je voudrais vous questionner.
-Alors allez-y. », soupira Desmond Hugues, presque accablé. « Je vous assure que nous avons hâte de découvrir la vérité. »
L’inspecteur Spader profita immédiatement de cette invitation et présenta à ses interlocuteurs la carte d’étudiant qui avait été ramassée sur le lieu du drame : « Ce jeune homme est bien un de vos élèves, n’est-ce pas ?
-Eriq Johnson ? Oui, c’est exact…
-Ce serait lui la victime ? », demanda Hugues, un peu surpris.
Jack démentit cette hypothèse d’un signe de tête : « Non. Les premiers éléments nous laissent supposer que la victime était de sexe féminin. Mais nous avons retrouvé un sac dans le gymnase, et il contenait cette carte… Qu’avez-vous à me dire au sujet de ce Johnson ? »
Hugues répondit le premier : « C’est un garçon de 15 ans. Il a des capacités certaines, mais il semble se moquer de son avenir. Un passionné de basket. Pas méchant, très discret… Pas le genre à créer des problèmes. S’il daignait travailler, ce serait un élève modèle.
-Et où peut-on le trouver en ce moment ?
-ça, c’est une excellente question ! »
Cette réaction raviva l’intérêt de Jack Spader : « Il n’est pas venu en cours ?
-Non. Et c’est tout simplement intolérable. Nous avons pourtant essayé de nous montrer compréhensifs. Eriq est loin d’être plus bête qu’un autre, au contraire, mais il ne veut pas fournir d’efforts. Je lui ai donné un dernier avertissement il y a moins de dix jours, mais sans aucun succès. Je crois que nous n’allons plus avoir le choix. »
Jack Spader observa durant quelques secondes la photographie collée sur la carte d’étudiant ; Eriq Johnson était selon toute évidence d’origine afro-américaine et son adresse indiquait qu’il vivait dans un quartier essentiellement fréquenté par des familles de chômeurs et des voyous. S’il n’avait pas eu sa date de naissance sous les yeux, Jack lui aurait facilement donné trois ou quatre ans de plus.
« Lorsque nous avons ouvert cet établissement, poursuivit Hugues, nous voulions aider les enfants issus des quartiers sensibles à éviter l’exclusion, la prison et le chômage. Mais lorsqu’un de ces enfants refuse de jouer le jeu, nous ne pouvons rien faire pour l’y forcer…
-Tanya a pourtant essayé de le raisonner, ajouta l’adjoint. Elle a tout fait pour lui ouvrir les yeux… J’ai bien vu qu’elle était découragée lorsque je lui ai annoncé que son frère n’était pas venu en cours ce matin.
-Tanya ? », répéta Jack, interloqué.
« La sœur aînée d’Eriq. », lui apprit Desmond Hugues.
Instantanément, Jack se souvint du pendentif retrouvé près des restes calcinés de la victime encore anonyme, et de la lettre gravée dessus. T. Comme Tanya, justement. Ça ne voulait encore rien dire, mais il fallait tout de même vérifier.
« Pourriez-vous me conduire jusqu’à elle ? », demanda-t-il. « Il faudrait que je lui pose deux ou trois questions au sujet de son frère…
-Elle ne se sentait pas bien, répondit Christopher McPherson. Elle m’a directement demandé l’autorisation d’aller à l’infirmerie.
-Vous croyez qu’elle est rentrée chez elle ?
-Non, sinon l’infirmière m’aurait prévenu. Les élèves ne peuvent pas quitter l’enceinte de l’établissement sans avoir reçu ma permission, ou celle de Desmond. L’un de nous doit toujours valider la décision de l’infirmière lorsqu’elle permet à l’un de nos élèves de rentrer chez lui pour une raison médicale. C’est peut-être une méthode digne des vieilles écoles, mais je vous assure qu’elle évite bon nombre de débordements.
-Alors où puis-je trouver Tanya Johnson, d’après vous ?
-Elle est certainement toujours à l’infirmerie. Je n’ai pas encore reçu son billet de retour.
-Il faut que je lui parle.
-Très bien. » McPherson décrocha le téléphone posé sur le bureau du directeur et composa rapidement un numéro ; la réponse ne tarda pas.
« Madame Winningham ? Ici Chris McPherson… Je vous appelle au sujet de Tanya Johnson : il faudrait qu’elle vienne dans le bureau de Monsieur Hugues… Oui, c’est bien ça : Johnson… Pardon ? Vous en êtes sûre ? Pourtant, je… Il y a moins de deux heures, oui… Vous ne l’avez vraiment pas vue ? Bon… Très bien… Merci quand même… Oui, bonne journée à vous aussi. »
Quand il reposa le combiné, McPherson semblait plutôt contrarié : « Tanya ne s’est pas présentée à l’infirmerie. Je ne comprends pas…
-Lui arrive-t-il d’imiter son frère et de sécher les cours ?
-Non, jamais. Tanya est une excellente élève, l’une des meilleures…et je ne comprends décidément pas ce que ceci signifie ! »
Jack Spader, lui, commençait à comprendre : « Il faut absolument savoir où elle est passée. »
Desmond Hugues se racla la gorge : « D’abord, nous devrions nous assurer qu’elle n’est pas en cours. Peut-être qu’elle s’est sentie mieux et a renoncé à aller voir l’infirmière…
-J’en serais étonné. », confia McPherson. « Elle semblait fiévreuse.
Hugues ne releva pas et s’empara d’un planning, ainsi que d’une liste de noms : « Elle devrait se trouver en salle 204. »
Il se leva de son fauteuil et s’engagea dans le couloir après avoir invité le policier à le suivre. Chrostopher McPherson les imita lui aussi, fermant la marche. Les trois hommes grimpèrent deux escaliers avant de s’arrêter devant une porte sur laquelle était peint le numéro voulu. Hugues frappa une seule fois, plus pour la forme que pour obtenir la permission d’entrer, puis pénétra dans la pièce : « Est-ce que Tanya Johnson est là ? », demanda-t-il.
Le professeur –un asiatique auquel il était impossible d’attribuer un âge précis– lui répondit aussitôt : « On m’a dit qu’elle était partie à l’infirmerie à la fin du premier cours. »
McPherson et Hugues échangèrent un regard empreint d’incompréhension ; le directeur-adjoint se tourna vers les élèves : « Est-ce que quelqu’un sait où elle est partie ? »
Un vague murmure parcourut la salle, puis une main finit par se lever, timidement.
« Oui, Alice ? »
Une adolescente rousse, de taille moyenne et d’allure malingre, se leva, les joues légèrement empourprées : « Tanya ne se sentait pas très bien, elle voulait aller à l’infirmerie, mais… » Elle marqua une pause, un peu gênée : « …elle voulait juste prendre une aspirine, parce qu’elle ne voulait pas rater le cours de géographie. Elle aurait dû revenir aussitôt… » Nouvelle hésitation. Alice paraissait mal à l’aise à l’idée de trahir son amie. La cloche annonçant la fin du cours retentit alors qu’elle allait reprendre la parole, et tous ses camarades se précipitèrent au-dehors, sans plus se soucier de la présence du directeur et de son suppléant. Quelques regards, cependant, s’arrêtèrent sur Jack, et surtout sur le holster qu’il portait à la ceinture et qui n’était qu’à moitié dissimulé par sa veste. Les élèves ne pouvaient qu’avoir entendu les sirènes des voitures de Police et devaient se questionner sur l’origine de cette agitation inhabituelle ; d’ici une dizaine de minutes, la nouvelle aurait fait tout le tour du lycée et les professeurs seraient très certainement incapables de ramener le calme dans les rangs.
L’inspecteur avança d’un pas, et la prénommée Alice sembla rapetisser. Elle regrettait visiblement d’avoir levé la main. Jack tenta de la mettre en confiance ; il valait mieux ne pas la brusquer, afin de ne pas la bloquer davantage.
« Si tu sais où se trouve Tanya, il est très important que tu nous le dises.
-Elle a des problèmes ? », demanda-t-elle, anxieuse.
« J’espère que non, mais c’est possible…
-Elle… Elle voulait parler à son frère avant d’aller à l’infirmerie. Elle croyait savoir où il était…et elle était furieuse.
-Et tu sais où elle est allée ? »
Alice haussa les épaules devant ce qui lui semblait être une évidence : « Au gymnase, sûrement. Eriq y va tout le temps. Pour jouer au basket. »
Jack n’avait plus le moindre doute, désormais, mais il décida malgré tout de procéder à une ultime vérification : il sortit d’une des poches de sa veste le pendentif que Bill Ermey avait découvert parmi les cendres.
« Est-ce que tu reconnais ceci, Alice ? »
La jeune fille saisit le petit sachet d’une main tremblante, et son bras se figea soudain : « C’est à Tanya. C’est son porte-bonheur. Où l’avez-vous trouvé ? Que lui est-il arrivé ? »
Jack entendit à peine ces questions et s’adressa au directeur et à son adjoint : « Faites descendre tous les élèves dans la cour. Il faut fouiller les bâtiments : Eriq Johnson peut encore s’y trouver. »
 
L’inspecteur Spader n’avait pas eu tort : Eriq Johnson n’avait pas quitté les murs du lycée, et un officier l’avait découvert dans un local situé à seulement quelques mètres du gymnase, prostré entre deux poubelles. Il n’avait opposé aucune résistance et s’était laissé conduire docilement au poste de Police, menottes aux poignets. Cependant, il demeurait obstinément muet et n’avait pas prononcé une seule syllabe depuis son interpellation. Pour Jack Spader, aucun doute n’était possible : lors d’une violente altercation, Eriq avait tué sa sœur et s’était ensuite enfui, horrifié par la gravité de son geste. Malgré tout, le mystère demeurait entier quant à la méthode employée par l’adolescent : en effet, Bill Ermey n’avait pas trouvé la moindre petite goutte d’essence sur le lieu du crime…ni aucune trace de toute autre matière inflammable. Et Eriq, enfermé comme il l’était dans son mutisme, n’était pas décidé à leur fournir la solution de l’énigme.
Deux jours s’étaient écoulés depuis le meurtre, et Jack Spader s’apprêtait à classer l’affaire, en parfait accord avec le Capitaine. Bien sûr, cette absence d’explication le contrariait…mais après tout, on était à New York, et il y avait bien d’autres dossiers à traiter. Un meurtre en remplaçait toujours un autre, et les cadavres s’empilaient dans les tiroirs glacés de la Morgue. Lorsqu’une affaire était résolue, il fallait immédiatement s’intéresser à un autre cas et se mettre à la recherche d’un autre meurtrier.
La dernière tentative de Jack pour faire parler Johnson s’était soldée par un échec ; dans la salle d’interrogatoire, Eriq était resté étrangement calme, presque indifférent. La perspective de passer le restant de ses jours dans une cellule ne semblait pas l’effrayer outre mesure. Il paraissait perdu dans ses pensées, comme s’il s’était trouvé dans une autre dimension, sur une autre planète. Son crime l’avait-il mené à la folie, ou bien faisait-il seulement semblant, dans l’espoir d’être déclaré irresponsable ? Cela, Jack aurait été bien incapable de le dire…
Il se posait d’ailleurs encore la question lorsque quelqu’un vint se placer face à lui, de l’autre côté de son bureau. Il leva les yeux vers son visiteur…qui en vérité était une visiteuse. Teint mat, cheveux longs, noirs et ondulés. La trentaine. Elle était habillée de manière classique, peut-être même un peu stricte : un pantalon grenat, un chemisier blanc et une veste assortie.
« Inspecteur Spader ? »
Jack devina que la question n’était formulée que pour la forme : en effet, une petite plaque en métal, posée sur le devant du bureau, déclinait l’identité de chaque inspecteur. Néanmoins, il se leva et tendit une main amicale à son interlocutrice : « Oui… Je peux vous aider ? »
La jeune femme sourit, sans nul doute amusée : « En réalité, annonça-t-elle, je pense plutôt que c’est vous qui avez besoin d’aide.
-Ah oui ? » Jack ne pouvait s’empêcher d’être un peu sceptique devant tant d’assurance. « Et à quel propos ?
-L’affaire Johnson. », répondit-elle en prenant place sur une chaise.
Un vague signal d’alarme se déclencha dans la tête de l’inspecteur, et il devina que, d’une manière ou d’une autre, il n’allait pas apprécier la suite.
« Il n’y a plus d’affaire Johnson. », répliqua-t-il froidement. « Nous avons le coupable.
-Eriq Johnson ? »
Jack la dévisagea plus attentivement : « Bravo, vous êtes très bien renseignée. De plus, vous avez un avantage sur moi, je crois : vous savez qui je suis, et moi j’ignore qui vous êtes.
-Amanda Forsythe, virologue. Et officiellement chargée de reprendre l’affaire Johnson depuis le commencement. » Elle sortit un petit porte-carte cuir de son sac et le tendit à Jack : « Vous souhaitez vérifier ? »
Il repoussa la proposition d’un geste : « à vrai dire, je voudrais surtout comprendre… Pour qui travaillez-vous ? »
La réponse fut assez évasive : « Le Gouvernement.
-Les Fédéraux ?
-Parfois. Je fais partie d’une unité spéciale : la section d’investigations virologiques. Nous n’appartenons ni au FBI, ni à la Police, ni à aucune autre structure existante. Nous sommes totalement indépendants…et nous faisons rarement la une des journaux. Nous travaillons dans l’ombre, loin des flashs des photographes et des micros des reporters.
-Nous ?
-Nous sommes plusieurs, je ne connais pas le nombre exact. Tous des scientifiques, spécialistes de la virologie. Nous sommes répartis dans tout le pays. Personnellement, je dépends de Washington, D.C..
-Et qui vous a parlé de cette affaire ? »
Amanda Forsythe sourit, comme si elle s’était trouvée en présence d’un enfant trop curieux : « Mon patron, bien sûr. Il m’a fait venir de Washington pour collaborer avec vos services. Mais inutile de m’en demander davantage : j’ignore tout de ses sources. Il m’a résumé le dossier, m’a réservé une place dans le premier avion à destination de New York et a fait en sorte que l’enquête me soit officiellement confiée.
-Plutôt efficace, votre patron… J’imagine qu’il a un nom ?
-Il s’appelle Perry Hayward, mais je doute que ce nom vous dise quelque chose. Comme je vous le disais à l’instant, nous n’aimons pas la publicité, et la plupart du temps nous nous efforçons d’agir avec discrétion… Mais sans vouloir être désagréable, il me semble que nous nous éloignons du sujet…
-Concernant l’affaire Johnson, il n’y a rien à ajouter. Le dossier est classé.
-Vraiment ? » Il était clair qu’elle n’en croyait pas un mot.
« Nous avons le coupable, donc je ne vois vraiment pas l’intérêt de votre présence ici. Sans vouloir vous offenser, cela va de soi.
-Vous ne m’offensez pas, Inspecteur. D’autant plus que je suis certaine que vous faites fausse route. »
Cette phrase fut loin d’être appréciée par Jack Spader : « Et qu’est-ce qui vous fait dire ça ? Le marc de café ?
-Non. La logique, simplement.
-Intéressant… Dîtes-moi, vous êtes virologue, n’est-ce pas ? Depuis quand les scientifiques sont-ils payés pour jouer les Sherlock Holmes à deux dollars ? »
Amanda Forsythe ignora totalement le caractère ironique de cette question : « L’expérience a prouvé que la Police peut parfois se tromper du tout au tout simplement parce qu’elle n’est pas en mesure d’analyser les informations trouvées sur les lieux du crime. Tout est une question de spécialisation, en somme. L’un des buts de notre unité est d’apporter cet éclairage scientifique qui parfois fait défaut lors d’une enquête criminelle.
-Et en quoi l’affaire Johnson peut-elle vous intéresser ?
-Pensez-vous vraiment qu’il puisse s’agir d’un banal homicide ? Le frère et la sœur se disputent, le frère s’emporte et tue sa sœur, puis prend peur et s’enfuit… Je vous l’accorde, le schéma est classique…mais peut-on en dire autant de la méthode ? Un homme qui ne contrôle plus sa colère peut tuer de diverses façons : il peut étrangler sa victime, la rouer de coups, sortir un couteau et la poignarder, lui tirer dessus…mais la brûler, jamais ! Et encore moins de cette façon ! Pas de traces d’essence ni d’autre matière capable de déclencher un incendie. Sans parler des os : ils ont tous été transformés en cendres, comme si le feu était parti de l’intérieur. Or, les expériences prouvent qu’il faut atteindre une température d’au moins 1650°C pour pulvériser un os humain ! Et puis comment expliquez-vous l’absence de dégâts autour du corps ? Et les chaussures qui ont résisté aux flammes ?
-Ce n’est pas à moi de l’expliquer. », répondit Jack, un peu agacé par cette énumération qui résumait à la perfection toutes les questions qu’il se posait depuis l’arrestation d’Eriq Johnson. « Johnson est le seul qui soit en mesure de le faire, mais il refuse de nous parler.
-Peut-être est-ce parce qu’il ne saurait pas quoi vous dire.
-Vous sous-entendez qu’il est innocent, c’est bien ça ?
Amanda Forsythe ne marqua pas une seule seconde d’hésitation : « En toute franchise, j’en suis tout à fait convaincue. »
L’inspecteur la dévisagea un instant, pour s’assurer qu’elle était sérieuse et ne cherchait pas simplement à le pousser à bout : ça ne semblait pas être le cas.
« Et d’où vous vient cette certitude ?
-Ce ce que je viens juste de vous dire : personne n’irait commettre un tel crime, et encore moins sur un simple coup de colère. » Jack voulut l’interrompre, mais il n’en eut pas le temps, et elle poursuivit avec véhémence : « Et n’allez surtout pas me dire qu’il a mis le feu au cadavre pour effacer les preuves de sa culpabilité ! S’il avait agi ainsi, il aurait eu suffisamment de sang-froid pour quitter l’établissement. Et il aurait récupéré son sac, seule preuve de sa présence sur les lieux. Sans parler du fait qu’on aurait forcément retrouvé des traces du combustible utilisé.
-Alors que suggérez-vous ?
-Ce garçon a probablement assisté à toute la scène. Il a vu sa sœur prendre feu sous ses yeux, sans rien pouvoir faire pour l’aider. Et évidemment, il a pris peur et s’est enfui pour se cacher. N’importe qui aurait fait pareil à sa place, non ?
-Théorie très intéressante. Mais ça ne nous en dit pas davantage sur ce qui aurait pu réduire le corps de Tanya Johnson en poussières.
-Effectivement. Et si vous ne cessez pas de considérer Eriq Johnson comme le coupable idéal, nous n’en saurons jamais plus. Faites libérer ce gamin, Inspecteur : il n’a tué personne. Il n’a rien avoué, que je sache…
-…ce qui ne prouve strictement rien. S’il suffisait de rester muet comme une carpe pour prouver son innocence, il n’y aurait pas beaucoup de bruits dans les commissariats.
-Vous n’avez rien contre lui.
-Rien, excepté la preuve qu’il était là au moment des faits et la certitude que sa sœur était venue le voir pour le réprimander. C’est déjà beaucoup. Il n’a pas donné l’alarme, il n’a pas cherché à venir en aide à Tanya : il s’est tout simplement planqué dans un coin, certainement en espérant qu’il aurait l’occasion de s’enfuir avant qu’on l’y trouve.
-Bon sang ! Mais qu’est-ce que vous avez contre lui ? », s’exclama la scientifique, visiblement exaspérée par cette obstination. « Qu’est-ce qu’il vous a fait, vous pouvez me le dire ? Est-ce parce qu’il habite dans un ghetto ? Parce qu’il n’a pas la bonne couleur de peau ? Parce que son père est un alcoolique au chômage ? Est-ce que c’est pour ça, Inspecteur ? »
Elle paraissait réellement furieuse, et Jack fit un effort pour ne pas s’emporter à son tour :
« Vous n’y êtes pas du tout. Je n’ai peut-être aucune preuve matérielle contre lui, mais je n’ai rien non plus qui puisse me démontrer qu’il n’est pas coupable. Pour commencer, il n’a pas prononcé un seul mot pour se défendre.
-Il sait pertinemment que vous n’en auriez jamais tenu compte. », répliqua Amanda, toujours aussi énervée. « Il correspond trop bien à votre profil du meurtrier idéal. Pauvre, peu captivé par les études, vivant au milieu d’une cellule familiale éclatée…et noir, qui plus est… Le candidat parfait pour un meurtre, pas vrai ?
-Vous faites fausse route, répliqua froidement Jack Spader.
-Vraiment ? Alors pourquoi ne donnez-vous pas une seule petite chance à ce gamin ?
-Nous l’avons informé de ses droits, un avocat a été commis d’office et nous l’avons attendu avant de procéder à l’interrogatoire. Tout a été fait dans les règles.
-Possible. Mais ça ne va pas vous empêcher de le jeter en prison. Vous ne pouvez rien expliquer, vous ne savez pas comment tout ça a pu se produire, et malgré tout vous allez boucler l’affaire…
-Au risque de vous surprendre, la mort de Tanya Johnson n’est pas une exception. J’ai d’autres dossiers à traiter, d’autres meurtriers à retrouver… Johnson n’a pas cherché à se défendre, mais on lui en a laissé le droit.
-Sans tenir compte de son âge et du choc qu’il a pu ressentir. Avez-vous seulement demandé l’avis d’un psychologue ?
-D’un psychologue ? » Jack avait haussé la voix sans en prendre conscience, et quelques regards étonnés se tournèrent dans sa direction. « Vous plaisantez ? »
Amanda Forsythe prit une profonde inspiration ; elle sentait que s’énerver davantage ne la mènerait nulle part.
« Comme vous l’avez affirmé tout à l’heure, nous savons qu’il était sur place lorsque sa sœur est morte. Ce qu’il a vu ne peut que l’avoir traumatisé, et c’est pour ça qu’il ne veut pas vous parler. Il est mort de peur.
-Et sa sœur est morte tout court.
-Je croyais que les policiers devaient parfois faire preuve de tact…
-Facile à dire. C’est un des conseils qu’on entend souvent sur les bancs de l’école de police, en effet. Mais au bout d’un certain temps, ce genre de recommandations finit par perdre toute signification.
-Bon. Très bien. » Amanda quitta sa chaise, déterminée. « Puisque vous le prenez ainsi, je n’ai plus qu’à adopter la même attitude que vous, je suppose. Mon patron m’a chargée de reprendre cette affaire depuis le commencement, et cela veut dire que toutes les charges retenues contre Eriq Johnson sont suspendues. »
L’inspecteur se leva à son tour, pour mieux lui faire face : « C’est une farce ?
-Est-ce que ça y ressemble, d’après vous ?
-Je vais devoir en référer à mon supérieur…
-Votre supérieur ne pourra rien y faire. Les ordres viennent de beaucoup plus haut. Lorsque notre section est dirigée sur une affaire, toutes les procédures ultérieures sont automatiquement effacées. C’est la règle. Et tant pis si ça vous déplait. Ceci étant, et pour des raisons purement pratiques, il va falloir que nous fassions équipe. Ce qui, notez-le bien, ne me ravit pas plus que vous.
-Et pourquoi est-ce une nécessité ? Je croyais que vous étiez infaillible ?
-Je n’ai jamais prétendu ça, Inspecteur. La Police a ses méthodes, nous avons les nôtres. Et normalement tout ceci est complémentaire. Si Eriq Johnson n’avait pas été accusé aussi rapidement, jamais je n’aurais été chargée de reprendre le dossier. On m’aurait simplement demandé de vous assister dans votre enquête. Mais votre précipitation ne nous a pas laissé le choix…
-Vous m’en voyez terriblement désolé. »
Amanda replaça la bretelle de son sac sur son épaule avant de prendre à nouveau la parole : « Et maintenant, j’aimerais parler à Eriq Johnson. Voulez-vous m’accompagner, Inspecteur ? »
Jack maugréa quelques mots mais choisit néanmoins de l’escorter, désireux d’observer la réaction d’Eriq Johnson lorsqu’il serait remis en liberté.
 
Par Miranda - Publié dans : J'ai écrit...
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Lundi 15 août 2005 1 15 /08 /Août /2005 00:00

Encore une nouvelle rubrique, qui me servira de prétexte pour publier mes textes (nouvelles, extraits de WebSéries et peut-être aussi quelques fanfictions). De temps à autre, je me risquerai aussi à poster un nouveau projet, un "épisode pilote" d'une WebSérie en devenir, histoire de recueillir vos avis et vos réactions sur ces hybrides...  

Par Miranda - Publié dans : J'ai écrit...
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