En guise d'introduction, je dois reconnaître que je suis fichtrement incapable d'écrire une "nouvelle" qui en soit vraiment une... J'ai toujours eu beaucoup de mal à synthétiser mes idées ; du coup, mes prétendues nouvelles prennent toujours des proportions gigantesques. A tel point qu'elles ne méritent plus vraiment le terme de nouvelles...
Ce qui suit est une de mes tentatives les plus récentes, l'avant-dernière en date, si mes souvenirs sont exacts. Depuis que j'ai découvert les WebSéries, j'ai quelque peu délaissé les nouvelles. Il y aurait sûrement des tas de rectifications à apporter à ce texte, mais je vous le livre dans son état d'origine, histoire de ne pas tricher...
PS : OB limitant visiblement le nombre de caractères des messages, je vais être obligée de découper le texte en plusieurs parties...
"Si les découvertes scientifiques ont à la fois donné à l'humanité le pouvoir de créer et le pouvoir de détruire, alors elles sont en même temps un énorme défi et une grande épreuve."
John Fitzgerald Kennedy
Président des États-Unis (1961-1963)
Tanya Johnson soupira : comme elle s’y était attendue, son frère s’était encore réfugié dans le vieux gymnase, loin des salles de classe, des cahiers et des professeurs qu’il semblait continuellement fuir. Debout face à un panier de basket sans filet, Eriq s’entraînait encore en prévision d’un match imaginaire. Elle l’observa durant quelques minutes : plongé dans son jeu, captivé par le bruit que faisait le ballon en rebondissant sur le sol poussiéreux du local, Eriq ne l’avait pas entendue entrer. Il allait et venait de chaque côté du panier, essayant de contourner des adversaires fictifs en driblant férocement pour conserver l’avantage. Lorsqu’elle en eut assez, Tanya décida de signaler sa présence et toussota par deux fois ; immédiatement, Eriq fit volte-face, sans pour autant lâcher son ballon.
« Tu es vraiment impossible, Eriq. », soupira Tanya tout en avançant de quelques pas.
Eriq ne répondit pas mais s’agrippa davantage à son ballon, comme pour l’empêcher de s’envoler.
« Je croyais que tu avais compris. », poursuivit Tanya, visiblement découragée.
Eriq se redressa et adressa à son aînée un regard rempli d’arrogance. Malgré ses quinze ans, le jeune garçon approchait déjà du mètre quatre-vingt et sa musculature trahissait tout de la passion qui le liait au sport en général, et au basket-ball en particulier. De plus, il portait continuellement des survêtements usés et ne se séparait jamais de sa casquette aux couleurs de son équipe favorite. Comme la moitié des élèves du lycée Eisenhower, Tanya et Eriq étaient d’origine afro-américaine. Et comme la majorité de leurs camarades, ils ne roulaient pas sur l’or.
« Désolé de te décevoir, grande sœur. », lança-t-il à son interlocutrice. « Je crois que tu vas devoir me faire un dessin. »
Il se remit aussitôt à dribler, ne se souciant déjà plus de la présence de Tanya, ni de son mécontentement évident. Dépitée, l’adolescente se précipita au-devant de son frère et tenta de s’emparer du ballon, mais Eriq le lança au même instant en direction du panier et le projectile rebondit sur le cercle métallique avant de rouler à terre et de s’immobiliser près du mur.
« Ça suffit ! », hurla Tanya, excédée. « Maintenant, tu vas m’écouter ! »
Son visage, d’ordinaire souriant, était comme métamorphosé par une profonde colère. Tanya était généralement très calme et pleine de réserve, mais elle possédait également beaucoup de caractère et savait se faire respecter quand le besoin s’en faisait sentir. De plus, elle allait sur ses dix-huit ans, et, de ce fait, son statut d’aînée l’autorisait à faire preuve d’une certaine autorité. Aussi Eriq choisit-il de se taire, sans pour autant accorder toute son attention aux paroles de sa sœur. Celle-ci parlait avec véhémence, à la manière d’un politicien qui cherche à convaincre un public sceptique. Machinalement, Eriq remarqua que sa sœur, d’ordinaire assez frileuse, était très peu couverte pour la saison : elle n’avait pas pris son blouson et s’était débarrassée de son gilet. De la sueur perlait à son front, mais il mit ceci sur le compte de l’énervement ; Tanya avait l’air très remontée contre lui, presque furieuse.
« Il est 9h00, et en ce moment tu devrais être en cours. Et au lieu de ça, je te trouve ici, avec ce stupide ballon, en train de perdre ton temps, comme toujours ! Bon sang, Eriq, est-ce que tu réalises que tu risques de gâcher toutes tes chances en continuant comme ça ? »
Eriq sentit son indifférence se transformer progressivement en agacement ; sa sœur était certes plus âgée que lui, mais ce n’était pas une raison pour le traiter comme un gamin de trois ans.
« Fiche-moi la paix ! », aboya-t-il soudain. « J’en ai assez de t’avoir tout le temps sur le dos ! Et j’en ai assez que tu t’inquiètes pour moi ! Et d’abord, qui t’a dit que je n’étais pas en cours ? Tu m’espionnes, maintenant ?
-C’est normal que je m’inquiète pour toi. », répliqua Tanya, piquée au vif. « Tu es mon frère, et j’ai promis à Maman de m’occuper de toi à sa place. Et puis c’est le directeur-adjoint qui m’a demandé pourquoi tu n’étais pas en cours. Tu avais un devoir de maths en première heure, je te signale…
-Je déteste les maths. », rétorqua Eriq, cinglant. « Et je déteste tout autant les pots de colle dans ton genre ! Je n’ai pas besoin d’ange gardien, Tanya. Et je n’ai pas non plus besoin d’une frangine qui passe sa vie à me faire la morale pour se donner bonne conscience ! Ce que je fais, ça ne regarde que moi ! Occupe-toi de tes affaires, retourne apprendre sagement tes leçons pour épater la galerie, mais ne me demande surtout pas de te ressembler. Tu es parfaite ? Tant mieux pour toi ! Mais toi et moi, nous ne sommes pas pareils ! Pas du tout. Tu veux m’aider mais tu ne comprends rien. Tu n’as jamais rien compris.
-Et toi, tu t’imagines tout savoir et tu as tort. Ton avenir, ce n’est pas le basket. Peut-être que ça le sera un jour, mais pas maintenant. Le directeur a été très clair, pourtant : si tu continues à sécher systématiquement tous les cours, il te mettra dehors. C’est ce que tu veux, dis-moi ? Être renvoyé ? Tout est déjà si compliqué… Ne rends pas les choses plus difficiles qu’elles ne le sont déjà, Eriq… »
Mais ce discours resta sans effet ; au contraire, il ne fit qu’accroître la colère de celui à qui il était destiné : « Très bien. », cria-t-il. « Puisque tout est compliqué, alors moi je laisse tomber. Je vais continuer à sécher les cours jusqu’à ce que le dirlo en ait marre. Je vais le faire jusqu’à ce qu’il me vire une fois pour toutes. Je sais que tout est déjà difficile, alors je ne vois pas pourquoi je me prendrais la tête avec des trucs qui ne me serviront jamais ! Tu crois vraiment que les leçons que tu apprends t’éviteront de te retrouver à la rue ? Tu rêves, Tanya ! Tu rêves complètement ! Je n’ai rien à faire ici, rien à apprendre, et je me fiche pas mal d’être jeté dehors ! »
Tanya serrait les poings ; elle aurait voulu pouvoir le frapper, juste pour le forcer à regretter ce qu’il venait de proclamer avec tant d’assurance : « Tu te crois fort, mais tout ce que tu fais, c’est éviter les problèmes. Tu abandonnes parce que tu as la frousse. Apprendre, c’est trop difficile pour toi, ça te demande trop d’efforts, alors tu te défiles. » Sa voix monta d’un ton, et elle ne parvint plus à retenir la rage qui bouillonnait en elle : « Est-ce que tu penses à Maman, dans tout ça ? Est-ce qu’il t’arrive de réaliser qu’elle serait affreusement déçue par ton comportement ? Ou est-ce que tu l’as déjà oubliée ?
-Maman est morte ! », hurla Eriq, hors de lui. « Elle est morte, et tout ce que tu fais, c’est essayer de prendre sa place ! Fiche-moi la paix, j’en ai assez de t’entendre ! Dégage ! Fiche le camp d’ici ! J’en ai assez ! Je ne veux plus te voir ! »
Il se passa quelques secondes, puis Tanya recula imperceptiblement, en bredouillant des mots qu’il ne comprenait pas. Eriq, surpris par cette attitude, pensa tout d’abord que sa sœur était stupéfaite par cette réaction brutale à laquelle elle n’était pas habituée ; d’habitude, en effet, il ne lui parlait pas aussi méchamment. Et lorsque, par malheur, il levait la voix, Tanya savait toujours remettre les choses à leur place. Sauf aujourd’hui, semblait-il… Tanya ouvrit la bouche pour parler, mais aucun son ne sortit de sa gorge.
« Dégage ! », répéta Eriq en lui indiquant la sortie. « Je n’ai plus envie de discuter ! »
La bouche de Tanya s’entrouvrit à nouveau ; cette fois, elle parvint à prononcer un mot, un seul, mais qui sonnait comme une supplication, comme une prière désespérée : « Eriq… » Ne pouvant en dire davantage, elle tendit une main en direction de son frère, à la façon d’un noyé qui cherche à atteindre la branche qui pourrait le sauver mais qui s’éloigne irrémédiablement de lui. Puis elle tomba à genoux, les traits crispés par une douleur insoutenable.
« Eriq. », répéta-t-elle, les yeux remplis de larmes.
En un instant, toute la colère qui habitait Eriq retomba, cédant la place à une frayeur inexpliquée : « Tanya ? Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce que tu as ? »
Sa sœur fut incapable de lui répondre, mais elle tendit à nouveau une main dans sa direction ; des boursouflures et des cloques rouges apparaissaient sur sa peau à une vitesse ahurissante, semblables à des brûlures venues de nulle part. De grosses gouttes de sueur coulaient le long de sa figure et venait humidifier ses vêtements.
Eriq fit instinctivement quelques pas en arrière sans parvenir à détacher son regard du visage de Tanya ; le spectacle qui s’offrait à lui était purement effrayant, et cependant une fascination morbide, presque malsaine, lui commandait de rester là, sur place, pour observer.
« Aide-…moi. », articula Tanya dans un murmure.
Sa main retomba lourdement sur le sol alors qu’une affreuse odeur de chair brûlée commençait à envahir le vieux gymnase ; soudain, une flamme jaillit de la tête de Tanya, qui n’eut que le temps de pousser un ultime hurlement, très bref mais absolument terrifiant. Eriq sentit le sol se dérober sous ses pieds ; brusquement, il se détourna de l’horrible scène et s’enfuit à toute vitesse. Il ne se retourna qu’une fois, comme pour se persuader qu’il ne s’agissait pas d’un simple cauchemar. De sa sœur, il ne subsistait plus qu’un petit tas de cendres encore fumant. Et une paire de chaussures.
En proie à une terreur qu’il lui était impossible de dompter, Eriq se précipita à l’extérieur en hurlant, bousculant au passage trois élèves qui discutaient en buvant du coca-cola.
« Eh bien ! », plaisanta un grand garçon roux en observant la fuite éperdue d’Eriq. « Il a sûrement croisé un fantôme, celui-là ! »
C’était un professeur d’éducation physique qui avait découvert le drame en premier ; une dizaine d’élèves avaient suivi, tandis que l’enseignant sortait en courant pour appeler à l’aide et, par la même occasion, éviter le malaise. L’homme était toujours présent, assis sur un tabouret vert, les yeux fixés sur un point invisible, du moins pour son entourage. Le macabre spectacle qu’il avait observé en exclusivité allait probablement le rendre insomniaque, du moins durant quelques semaines.
Et il fallait admettre qu’il y avait de quoi. Jack Spader avait déjà vu plus d’un meurtre sanglant. Des femmes poignardées sauvagement, des blessures par balles qui ne laissent aucune chance à la victime… Ce n’était jamais plaisant, mais le pire était encore d’imaginer qu’un homme puisse s’amuser à faire subir ce sort à d’autres êtres humains. Mais dans le cas présent, le pire était ailleurs. Il n’y avait pas de sang, non. Pas une goutte. Seulement des cendres. Et cette paire de chaussures, avec ce qui restait de son propriétaire à l’intérieur. C’était presque absurde, digne d’un mauvais film d’horreur. Pourtant, il n’y avait pas de metteur en scène, et encore moins de caméras. Rien que la réalité.
« Bon Dieu, qu’est-ce que c’est que ce cirque ? », murmura l’inspecteur, plus pour lui-même que pour son entourage.
« Bah ça, je voudrais bien le savoir ! »
Jack Spader se retourna : le légiste, Bill Ermey, semblait presque bouleversé par l’affaire.
« Un truc pareil, c’est dingue, tout simplement dingue !
-Et vous pensez qu’il vous faudra combien de temps pour…disons pour déterminer les causes du décès ? »
Ermey haussa lourdement les épaules, comme accablé par avance par sa future tâche : « Je n’en sais fichtrement rien… Je dois d’abord rechercher des traces de combustibles…et après…je ne sais pas. Franchement. »
Jack ne se formalisa pas du peu de précision de la réponse.
« On sait qui est la victime ? », demanda-t-il.
Un officier s’approcha de lui et lui tendit une carte d’étudiant protégée par une pochette plastifiée : « On a retrouvé un sac près du… » Il jeta un coup d’œil aux restes carbonisés puis acheva sa phrase, ne trouvant aucun terme plus approprié : « …du corps. D’après cette carte, il appartient à un adolescent du nom d’Eriq Johnson. Mais je ne pense pas qu’il peut s’agir de la victime, si on en juge d’après les chaussures… »
Jack approuva : les chaussures étaient en effet élégantes, bien qu’assez usagées, et elles étaient fermées par une boucle dorée. Il était donc peu vraisemblable qu’elle soit la propriété d’un garçon. Néanmoins, il décida de vérifier et retourna auprès de Bill Ermey : muni d’une pince à épiler, le légiste effectuait des prélèvements, non sans grimacer de dégoût.
« D’après vous, est-ce qu’il pourrait s’agir d’un garçon ? »
Ermey se releva péniblement tout en scellant le sachet plastifié : « Vu comme ça, ce n’est pas facile à dire…mais d’après cette chose… » Il tira d’une des poches de sa blouse blanche un autre petit sachet en plastique, qui cette fois contenait un collier en argent et un pendentif en forme de rose sur lequel était gravée la lettre T. « Si c’était un garçon, il avait des goûts plutôt efféminés. », commenta Ermey avant de se remettre au travail.
Jack acquiesça pensivement et décida qu’il était grand-temps pour lui d’aller interroger le directeur et son adjoint.
Desmond Hugues, le directeur de l’établissement, était assis derrière son bureau mais avait pris soin de laisser la porte de la pièce ouverte. Son adjoint, un dénommé Christopher McPherson, était posté derrière une fenêtre, les mains croisées derrière le dos. Les deux hommes demeuraient silencieux, chacun réfléchissant à la meilleure manière de présenter l’affaire aux parents des nombreux élèves qui fréquentaient le lycée.
Jack Spader, cependant, vint interrompre le cours de leurs pensées : « Excusez-moi… Me serait-il possible de vous poser quelques questions ? »
Hugues et McPherson regardèrent à peine l’insigne que leur tendit le policier ; tous deux semblaient plutôt pressés d’en finir avec les formalités. Le directeur-adjoint s’écarta de la fenêtre pour faire face à l’inspecteur : « Avez-vous identifié la victime ?
-Justement : c’est à ce sujet que je voudrais vous questionner.
-Alors allez-y. », soupira Desmond Hugues, presque accablé. « Je vous assure que nous avons hâte de découvrir la vérité. »
L’inspecteur Spader profita immédiatement de cette invitation et présenta à ses interlocuteurs la carte d’étudiant qui avait été ramassée sur le lieu du drame : « Ce jeune homme est bien un de vos élèves, n’est-ce pas ?
-Eriq Johnson ? Oui, c’est exact…
-Ce serait lui la victime ? », demanda Hugues, un peu surpris.
Jack démentit cette hypothèse d’un signe de tête : « Non. Les premiers éléments nous laissent supposer que la victime était de sexe féminin. Mais nous avons retrouvé un sac dans le gymnase, et il contenait cette carte… Qu’avez-vous à me dire au sujet de ce Johnson ? »
Hugues répondit le premier : « C’est un garçon de 15 ans. Il a des capacités certaines, mais il semble se moquer de son avenir. Un passionné de basket. Pas méchant, très discret… Pas le genre à créer des problèmes. S’il daignait travailler, ce serait un élève modèle.
-Et où peut-on le trouver en ce moment ?
-ça, c’est une excellente question ! »
Cette réaction raviva l’intérêt de Jack Spader : « Il n’est pas venu en cours ?
-Non. Et c’est tout simplement intolérable. Nous avons pourtant essayé de nous montrer compréhensifs. Eriq est loin d’être plus bête qu’un autre, au contraire, mais il ne veut pas fournir d’efforts. Je lui ai donné un dernier avertissement il y a moins de dix jours, mais sans aucun succès. Je crois que nous n’allons plus avoir le choix. »
Jack Spader observa durant quelques secondes la photographie collée sur la carte d’étudiant ; Eriq Johnson était selon toute évidence d’origine afro-américaine et son adresse indiquait qu’il vivait dans un quartier essentiellement fréquenté par des familles de chômeurs et des voyous. S’il n’avait pas eu sa date de naissance sous les yeux, Jack lui aurait facilement donné trois ou quatre ans de plus.
« Lorsque nous avons ouvert cet établissement, poursuivit Hugues, nous voulions aider les enfants issus des quartiers sensibles à éviter l’exclusion, la prison et le chômage. Mais lorsqu’un de ces enfants refuse de jouer le jeu, nous ne pouvons rien faire pour l’y forcer…
-Tanya a pourtant essayé de le raisonner, ajouta l’adjoint. Elle a tout fait pour lui ouvrir les yeux… J’ai bien vu qu’elle était découragée lorsque je lui ai annoncé que son frère n’était pas venu en cours ce matin.
-Tanya ? », répéta Jack, interloqué.
« La sœur aînée d’Eriq. », lui apprit Desmond Hugues.
Instantanément, Jack se souvint du pendentif retrouvé près des restes calcinés de la victime encore anonyme, et de la lettre gravée dessus. T. Comme Tanya, justement. Ça ne voulait encore rien dire, mais il fallait tout de même vérifier.
« Pourriez-vous me conduire jusqu’à elle ? », demanda-t-il. « Il faudrait que je lui pose deux ou trois questions au sujet de son frère…
-Elle ne se sentait pas bien, répondit Christopher McPherson. Elle m’a directement demandé l’autorisation d’aller à l’infirmerie.
-Vous croyez qu’elle est rentrée chez elle ?
-Non, sinon l’infirmière m’aurait prévenu. Les élèves ne peuvent pas quitter l’enceinte de l’établissement sans avoir reçu ma permission, ou celle de Desmond. L’un de nous doit toujours valider la décision de l’infirmière lorsqu’elle permet à l’un de nos élèves de rentrer chez lui pour une raison médicale. C’est peut-être une méthode digne des vieilles écoles, mais je vous assure qu’elle évite bon nombre de débordements.
-Alors où puis-je trouver Tanya Johnson, d’après vous ?
-Elle est certainement toujours à l’infirmerie. Je n’ai pas encore reçu son billet de retour.
-Il faut que je lui parle.
-Très bien. » McPherson décrocha le téléphone posé sur le bureau du directeur et composa rapidement un numéro ; la réponse ne tarda pas.
« Madame Winningham ? Ici Chris McPherson… Je vous appelle au sujet de Tanya Johnson : il faudrait qu’elle vienne dans le bureau de Monsieur Hugues… Oui, c’est bien ça : Johnson… Pardon ? Vous en êtes sûre ? Pourtant, je… Il y a moins de deux heures, oui… Vous ne l’avez vraiment pas vue ? Bon… Très bien… Merci quand même… Oui, bonne journée à vous aussi. »
Quand il reposa le combiné, McPherson semblait plutôt contrarié : « Tanya ne s’est pas présentée à l’infirmerie. Je ne comprends pas…
-Lui arrive-t-il d’imiter son frère et de sécher les cours ?
-Non, jamais. Tanya est une excellente élève, l’une des meilleures…et je ne comprends décidément pas ce que ceci signifie ! »
Jack Spader, lui, commençait à comprendre : « Il faut absolument savoir où elle est passée. »
Desmond Hugues se racla la gorge : « D’abord, nous devrions nous assurer qu’elle n’est pas en cours. Peut-être qu’elle s’est sentie mieux et a renoncé à aller voir l’infirmière…
-J’en serais étonné. », confia McPherson. « Elle semblait fiévreuse.
Hugues ne releva pas et s’empara d’un planning, ainsi que d’une liste de noms : « Elle devrait se trouver en salle 204. »
Il se leva de son fauteuil et s’engagea dans le couloir après avoir invité le policier à le suivre. Chrostopher McPherson les imita lui aussi, fermant la marche. Les trois hommes grimpèrent deux escaliers avant de s’arrêter devant une porte sur laquelle était peint le numéro voulu. Hugues frappa une seule fois, plus pour la forme que pour obtenir la permission d’entrer, puis pénétra dans la pièce : « Est-ce que Tanya Johnson est là ? », demanda-t-il.
Le professeur –un asiatique auquel il était impossible d’attribuer un âge précis– lui répondit aussitôt : « On m’a dit qu’elle était partie à l’infirmerie à la fin du premier cours. »
McPherson et Hugues échangèrent un regard empreint d’incompréhension ; le directeur-adjoint se tourna vers les élèves : « Est-ce que quelqu’un sait où elle est partie ? »
Un vague murmure parcourut la salle, puis une main finit par se lever, timidement.
« Oui, Alice ? »
Une adolescente rousse, de taille moyenne et d’allure malingre, se leva, les joues légèrement empourprées : « Tanya ne se sentait pas très bien, elle voulait aller à l’infirmerie, mais… » Elle marqua une pause, un peu gênée : « …elle voulait juste prendre une aspirine, parce qu’elle ne voulait pas rater le cours de géographie. Elle aurait dû revenir aussitôt… » Nouvelle hésitation. Alice paraissait mal à l’aise à l’idée de trahir son amie. La cloche annonçant la fin du cours retentit alors qu’elle allait reprendre la parole, et tous ses camarades se précipitèrent au-dehors, sans plus se soucier de la présence du directeur et de son suppléant. Quelques regards, cependant, s’arrêtèrent sur Jack, et surtout sur le holster qu’il portait à la ceinture et qui n’était qu’à moitié dissimulé par sa veste. Les élèves ne pouvaient qu’avoir entendu les sirènes des voitures de Police et devaient se questionner sur l’origine de cette agitation inhabituelle ; d’ici une dizaine de minutes, la nouvelle aurait fait tout le tour du lycée et les professeurs seraient très certainement incapables de ramener le calme dans les rangs.
L’inspecteur avança d’un pas, et la prénommée Alice sembla rapetisser. Elle regrettait visiblement d’avoir levé la main. Jack tenta de la mettre en confiance ; il valait mieux ne pas la brusquer, afin de ne pas la bloquer davantage.
« Si tu sais où se trouve Tanya, il est très important que tu nous le dises.
-Elle a des problèmes ? », demanda-t-elle, anxieuse.
« J’espère que non, mais c’est possible…
-Elle… Elle voulait parler à son frère avant d’aller à l’infirmerie. Elle croyait savoir où il était…et elle était furieuse.
-Et tu sais où elle est allée ? »
Alice haussa les épaules devant ce qui lui semblait être une évidence : « Au gymnase, sûrement. Eriq y va tout le temps. Pour jouer au basket. »
Jack n’avait plus le moindre doute, désormais, mais il décida malgré tout de procéder à une ultime vérification : il sortit d’une des poches de sa veste le pendentif que Bill Ermey avait découvert parmi les cendres.
« Est-ce que tu reconnais ceci, Alice ? »
La jeune fille saisit le petit sachet d’une main tremblante, et son bras se figea soudain : « C’est à Tanya. C’est son porte-bonheur. Où l’avez-vous trouvé ? Que lui est-il arrivé ? »
Jack entendit à peine ces questions et s’adressa au directeur et à son adjoint : « Faites descendre tous les élèves dans la cour. Il faut fouiller les bâtiments : Eriq Johnson peut encore s’y trouver. »
L’inspecteur Spader n’avait pas eu tort : Eriq Johnson n’avait pas quitté les murs du lycée, et un officier l’avait découvert dans un local situé à seulement quelques mètres du gymnase, prostré entre deux poubelles. Il n’avait opposé aucune résistance et s’était laissé conduire docilement au poste de Police, menottes aux poignets. Cependant, il demeurait obstinément muet et n’avait pas prononcé une seule syllabe depuis son interpellation. Pour Jack Spader, aucun doute n’était possible : lors d’une violente altercation, Eriq avait tué sa sœur et s’était ensuite enfui, horrifié par la gravité de son geste. Malgré tout, le mystère demeurait entier quant à la méthode employée par l’adolescent : en effet, Bill Ermey n’avait pas trouvé la moindre petite goutte d’essence sur le lieu du crime…ni aucune trace de toute autre matière inflammable. Et Eriq, enfermé comme il l’était dans son mutisme, n’était pas décidé à leur fournir la solution de l’énigme.
Deux jours s’étaient écoulés depuis le meurtre, et Jack Spader s’apprêtait à classer l’affaire, en parfait accord avec le Capitaine. Bien sûr, cette absence d’explication le contrariait…mais après tout, on était à New York, et il y avait bien d’autres dossiers à traiter. Un meurtre en remplaçait toujours un autre, et les cadavres s’empilaient dans les tiroirs glacés de la Morgue. Lorsqu’une affaire était résolue, il fallait immédiatement s’intéresser à un autre cas et se mettre à la recherche d’un autre meurtrier.
La dernière tentative de Jack pour faire parler Johnson s’était soldée par un échec ; dans la salle d’interrogatoire, Eriq était resté étrangement calme, presque indifférent. La perspective de passer le restant de ses jours dans une cellule ne semblait pas l’effrayer outre mesure. Il paraissait perdu dans ses pensées, comme s’il s’était trouvé dans une autre dimension, sur une autre planète. Son crime l’avait-il mené à la folie, ou bien faisait-il seulement semblant, dans l’espoir d’être déclaré irresponsable ? Cela, Jack aurait été bien incapable de le dire…
Il se posait d’ailleurs encore la question lorsque quelqu’un vint se placer face à lui, de l’autre côté de son bureau. Il leva les yeux vers son visiteur…qui en vérité était une visiteuse. Teint mat, cheveux longs, noirs et ondulés. La trentaine. Elle était habillée de manière classique, peut-être même un peu stricte : un pantalon grenat, un chemisier blanc et une veste assortie.
« Inspecteur Spader ? »
Jack devina que la question n’était formulée que pour la forme : en effet, une petite plaque en métal, posée sur le devant du bureau, déclinait l’identité de chaque inspecteur. Néanmoins, il se leva et tendit une main amicale à son interlocutrice : « Oui… Je peux vous aider ? »
La jeune femme sourit, sans nul doute amusée : « En réalité, annonça-t-elle, je pense plutôt que c’est vous qui avez besoin d’aide.
-Ah oui ? » Jack ne pouvait s’empêcher d’être un peu sceptique devant tant d’assurance. « Et à quel propos ?
-L’affaire Johnson. », répondit-elle en prenant place sur une chaise.
Un vague signal d’alarme se déclencha dans la tête de l’inspecteur, et il devina que, d’une manière ou d’une autre, il n’allait pas apprécier la suite.
« Il n’y a plus d’affaire Johnson. », répliqua-t-il froidement. « Nous avons le coupable.
-Eriq Johnson ? »
Jack la dévisagea plus attentivement : « Bravo, vous êtes très bien renseignée. De plus, vous avez un avantage sur moi, je crois : vous savez qui je suis, et moi j’ignore qui vous êtes.
-Amanda Forsythe, virologue. Et officiellement chargée de reprendre l’affaire Johnson depuis le commencement. » Elle sortit un petit porte-carte cuir de son sac et le tendit à Jack : « Vous souhaitez vérifier ? »
Il repoussa la proposition d’un geste : « à vrai dire, je voudrais surtout comprendre… Pour qui travaillez-vous ? »
La réponse fut assez évasive : « Le Gouvernement.
-Les Fédéraux ?
-Parfois. Je fais partie d’une unité spéciale : la section d’investigations virologiques. Nous n’appartenons ni au FBI, ni à la Police, ni à aucune autre structure existante. Nous sommes totalement indépendants…et nous faisons rarement la une des journaux. Nous travaillons dans l’ombre, loin des flashs des photographes et des micros des reporters.
-Nous ?
-Nous sommes plusieurs, je ne connais pas le nombre exact. Tous des scientifiques, spécialistes de la virologie. Nous sommes répartis dans tout le pays. Personnellement, je dépends de Washington, D.C..
-Et qui vous a parlé de cette affaire ? »
Amanda Forsythe sourit, comme si elle s’était trouvée en présence d’un enfant trop curieux : « Mon patron, bien sûr. Il m’a fait venir de Washington pour collaborer avec vos services. Mais inutile de m’en demander davantage : j’ignore tout de ses sources. Il m’a résumé le dossier, m’a réservé une place dans le premier avion à destination de New York et a fait en sorte que l’enquête me soit officiellement confiée.
-Plutôt efficace, votre patron… J’imagine qu’il a un nom ?
-Il s’appelle Perry Hayward, mais je doute que ce nom vous dise quelque chose. Comme je vous le disais à l’instant, nous n’aimons pas la publicité, et la plupart du temps nous nous efforçons d’agir avec discrétion… Mais sans vouloir être désagréable, il me semble que nous nous éloignons du sujet…
-Concernant l’affaire Johnson, il n’y a rien à ajouter. Le dossier est classé.
-Vraiment ? » Il était clair qu’elle n’en croyait pas un mot.
« Nous avons le coupable, donc je ne vois vraiment pas l’intérêt de votre présence ici. Sans vouloir vous offenser, cela va de soi.
-Vous ne m’offensez pas, Inspecteur. D’autant plus que je suis certaine que vous faites fausse route. »
Cette phrase fut loin d’être appréciée par Jack Spader : « Et qu’est-ce qui vous fait dire ça ? Le marc de café ?
-Non. La logique, simplement.
-Intéressant… Dîtes-moi, vous êtes virologue, n’est-ce pas ? Depuis quand les scientifiques sont-ils payés pour jouer les Sherlock Holmes à deux dollars ? »
Amanda Forsythe ignora totalement le caractère ironique de cette question : « L’expérience a prouvé que la Police peut parfois se tromper du tout au tout simplement parce qu’elle n’est pas en mesure d’analyser les informations trouvées sur les lieux du crime. Tout est une question de spécialisation, en somme. L’un des buts de notre unité est d’apporter cet éclairage scientifique qui parfois fait défaut lors d’une enquête criminelle.
-Et en quoi l’affaire Johnson peut-elle vous intéresser ?
-Pensez-vous vraiment qu’il puisse s’agir d’un banal homicide ? Le frère et la sœur se disputent, le frère s’emporte et tue sa sœur, puis prend peur et s’enfuit… Je vous l’accorde, le schéma est classique…mais peut-on en dire autant de la méthode ? Un homme qui ne contrôle plus sa colère peut tuer de diverses façons : il peut étrangler sa victime, la rouer de coups, sortir un couteau et la poignarder, lui tirer dessus…mais la brûler, jamais ! Et encore moins de cette façon ! Pas de traces d’essence ni d’autre matière capable de déclencher un incendie. Sans parler des os : ils ont tous été transformés en cendres, comme si le feu était parti de l’intérieur. Or, les expériences prouvent qu’il faut atteindre une température d’au moins 1650°C pour pulvériser un os humain ! Et puis comment expliquez-vous l’absence de dégâts autour du corps ? Et les chaussures qui ont résisté aux flammes ?
-Ce n’est pas à moi de l’expliquer. », répondit Jack, un peu agacé par cette énumération qui résumait à la perfection toutes les questions qu’il se posait depuis l’arrestation d’Eriq Johnson. « Johnson est le seul qui soit en mesure de le faire, mais il refuse de nous parler.
-Peut-être est-ce parce qu’il ne saurait pas quoi vous dire.
-Vous sous-entendez qu’il est innocent, c’est bien ça ?
Amanda Forsythe ne marqua pas une seule seconde d’hésitation : « En toute franchise, j’en suis tout à fait convaincue. »
L’inspecteur la dévisagea un instant, pour s’assurer qu’elle était sérieuse et ne cherchait pas simplement à le pousser à bout : ça ne semblait pas être le cas.
« Et d’où vous vient cette certitude ?
-Ce ce que je viens juste de vous dire : personne n’irait commettre un tel crime, et encore moins sur un simple coup de colère. » Jack voulut l’interrompre, mais il n’en eut pas le temps, et elle poursuivit avec véhémence : « Et n’allez surtout pas me dire qu’il a mis le feu au cadavre pour effacer les preuves de sa culpabilité ! S’il avait agi ainsi, il aurait eu suffisamment de sang-froid pour quitter l’établissement. Et il aurait récupéré son sac, seule preuve de sa présence sur les lieux. Sans parler du fait qu’on aurait forcément retrouvé des traces du combustible utilisé.
-Alors que suggérez-vous ?
-Ce garçon a probablement assisté à toute la scène. Il a vu sa sœur prendre feu sous ses yeux, sans rien pouvoir faire pour l’aider. Et évidemment, il a pris peur et s’est enfui pour se cacher. N’importe qui aurait fait pareil à sa place, non ?
-Théorie très intéressante. Mais ça ne nous en dit pas davantage sur ce qui aurait pu réduire le corps de Tanya Johnson en poussières.
-Effectivement. Et si vous ne cessez pas de considérer Eriq Johnson comme le coupable idéal, nous n’en saurons jamais plus. Faites libérer ce gamin, Inspecteur : il n’a tué personne. Il n’a rien avoué, que je sache…
-…ce qui ne prouve strictement rien. S’il suffisait de rester muet comme une carpe pour prouver son innocence, il n’y aurait pas beaucoup de bruits dans les commissariats.
-Vous n’avez rien contre lui.
-Rien, excepté la preuve qu’il était là au moment des faits et la certitude que sa sœur était venue le voir pour le réprimander. C’est déjà beaucoup. Il n’a pas donné l’alarme, il n’a pas cherché à venir en aide à Tanya : il s’est tout simplement planqué dans un coin, certainement en espérant qu’il aurait l’occasion de s’enfuir avant qu’on l’y trouve.
-Bon sang ! Mais qu’est-ce que vous avez contre lui ? », s’exclama la scientifique, visiblement exaspérée par cette obstination. « Qu’est-ce qu’il vous a fait, vous pouvez me le dire ? Est-ce parce qu’il habite dans un ghetto ? Parce qu’il n’a pas la bonne couleur de peau ? Parce que son père est un alcoolique au chômage ? Est-ce que c’est pour ça, Inspecteur ? »
Elle paraissait réellement furieuse, et Jack fit un effort pour ne pas s’emporter à son tour :
« Vous n’y êtes pas du tout. Je n’ai peut-être aucune preuve matérielle contre lui, mais je n’ai rien non plus qui puisse me démontrer qu’il n’est pas coupable. Pour commencer, il n’a pas prononcé un seul mot pour se défendre.
-Il sait pertinemment que vous n’en auriez jamais tenu compte. », répliqua Amanda, toujours aussi énervée. « Il correspond trop bien à votre profil du meurtrier idéal. Pauvre, peu captivé par les études, vivant au milieu d’une cellule familiale éclatée…et noir, qui plus est… Le candidat parfait pour un meurtre, pas vrai ?
-Vous faites fausse route, répliqua froidement Jack Spader.
-Vraiment ? Alors pourquoi ne donnez-vous pas une seule petite chance à ce gamin ?
-Nous l’avons informé de ses droits, un avocat a été commis d’office et nous l’avons attendu avant de procéder à l’interrogatoire. Tout a été fait dans les règles.
-Possible. Mais ça ne va pas vous empêcher de le jeter en prison. Vous ne pouvez rien expliquer, vous ne savez pas comment tout ça a pu se produire, et malgré tout vous allez boucler l’affaire…
-Au risque de vous surprendre, la mort de Tanya Johnson n’est pas une exception. J’ai d’autres dossiers à traiter, d’autres meurtriers à retrouver… Johnson n’a pas cherché à se défendre, mais on lui en a laissé le droit.
-Sans tenir compte de son âge et du choc qu’il a pu ressentir. Avez-vous seulement demandé l’avis d’un psychologue ?
-D’un psychologue ? » Jack avait haussé la voix sans en prendre conscience, et quelques regards étonnés se tournèrent dans sa direction. « Vous plaisantez ? »
Amanda Forsythe prit une profonde inspiration ; elle sentait que s’énerver davantage ne la mènerait nulle part.
« Comme vous l’avez affirmé tout à l’heure, nous savons qu’il était sur place lorsque sa sœur est morte. Ce qu’il a vu ne peut que l’avoir traumatisé, et c’est pour ça qu’il ne veut pas vous parler. Il est mort de peur.
-Et sa sœur est morte tout court.
-Je croyais que les policiers devaient parfois faire preuve de tact…
-Facile à dire. C’est un des conseils qu’on entend souvent sur les bancs de l’école de police, en effet. Mais au bout d’un certain temps, ce genre de recommandations finit par perdre toute signification.
-Bon. Très bien. » Amanda quitta sa chaise, déterminée. « Puisque vous le prenez ainsi, je n’ai plus qu’à adopter la même attitude que vous, je suppose. Mon patron m’a chargée de reprendre cette affaire depuis le commencement, et cela veut dire que toutes les charges retenues contre Eriq Johnson sont suspendues. »
L’inspecteur se leva à son tour, pour mieux lui faire face : « C’est une farce ?
-Est-ce que ça y ressemble, d’après vous ?
-Je vais devoir en référer à mon supérieur…
-Votre supérieur ne pourra rien y faire. Les ordres viennent de beaucoup plus haut. Lorsque notre section est dirigée sur une affaire, toutes les procédures ultérieures sont automatiquement effacées. C’est la règle. Et tant pis si ça vous déplait. Ceci étant, et pour des raisons purement pratiques, il va falloir que nous fassions équipe. Ce qui, notez-le bien, ne me ravit pas plus que vous.
-Et pourquoi est-ce une nécessité ? Je croyais que vous étiez infaillible ?
-Je n’ai jamais prétendu ça, Inspecteur. La Police a ses méthodes, nous avons les nôtres. Et normalement tout ceci est complémentaire. Si Eriq Johnson n’avait pas été accusé aussi rapidement, jamais je n’aurais été chargée de reprendre le dossier. On m’aurait simplement demandé de vous assister dans votre enquête. Mais votre précipitation ne nous a pas laissé le choix…
-Vous m’en voyez terriblement désolé. »
Amanda replaça la bretelle de son sac sur son épaule avant de prendre à nouveau la parole : « Et maintenant, j’aimerais parler à Eriq Johnson. Voulez-vous m’accompagner, Inspecteur ? »
Jack maugréa quelques mots mais choisit néanmoins de l’escorter, désireux d’observer la réaction d’Eriq Johnson lorsqu’il serait remis en liberté.
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